mardi 28 août 2018


La face cachée  
composition personnelle
à partir de Repenting Delilah de Terje Adler Mork 
et d'une photo de NGC 7635 par Hubble


mardi 13 mars 2018

Suzanne C.


Suzanne C.
Khalysta Farall
Tous droits réservés





— Alors, ils se sont décidés à envoyer quelqu’un ? demanda Trent à son collègue.
— Ouaip, une spécialiste, qu’ils ont dit, répondit Mac. Le Docteur Suzanne machin-chose.
— Un docteur ? Pour un droïde défectueux ? Drôle d’idée !
Les deux compères restèrent un instant silencieux, à observer le robot à travers la vitre. Ce dernier déclamait depuis plusieurs heures déjà de longs monologues, dans le vide, en levant parfois ses bras dans un geste très théâtral.
— Z’ont dit qu’il fallait le raccorder à rien, reprit Mac, les yeux dans le vague. Qu’y’avait qu’un spécialiste qui pouvait s’en occuper.
— Mais c’est quoi le problème, en fait ? demanda Trent. Qu’est-ce qu’il a ce tas de ferraille ?
— Sais pas. Hier il a arrêté de travailler et il s’est mis à déblatérer des conneries. C’est tout ce qu’on m’a dit.
— Ah.
Les deux hommes se remirent à surveiller le droïde, comme on le leur avait demandé. Interdiction de lui parler, interdiction de laisser un autre droïde s’en approcher. Ils avaient même l’interdiction formelle d’écouter ce qu’il disait. La pièce dans laquelle il se trouvait était d’ailleurs insonorisée. Pourtant, ils auraient donné cher pour savoir ce qu’il pouvait bien raconter. Le spectacle étrange de cet être synthétique, possédant un ersatz de visage à peine esquissé par deux caméras et une fente qui clignotait à chaque parole, avait quelque chose d’hypnotisant, de fascinant même. Et cette façon de parfois lever bien haut ses bras en basculant sa tête vers le ciel…  
— Tu sais quoi ? lança finalement Mac, c’est peut-être contagieux son truc, en fait. Pour ça qu’ils envoient un Doc’.
Trent se retourna vers son compagnon et fronça les sourcils, qu’il avait bien épais et broussailleux.
— Mac, y’a vraiment des fois où t’es complètement con. Comment veux-tu qu’un truc qui touche un droïde soit contagieux pour un organique ?
— Ben je sais pas, ils sont quand même un peu organiques, ces machins. Je veux dire, leur espèce  de cerveau, là, il est bien cultivé en laboratoire avec des cellules vivantes, non ? Ca en fait pas des genres de… de mi-organiques ? 
Trent fut plutôt impressionné par la logique de son collègue. Lui qui, d’ordinaire, ne faisait que raconter ânerie sur ânerie… Totalement indifférent à leurs réflexions, la machine continuait à déclamer ses tirades en direction du mur. Parfois, elle s’arrêtait, comme pour réfléchir à ses prochaines paroles.
« Réfléchir ».
Rien que d’évoquer l’idée d’une machine capable de cela, Trent en avait des frissons. Pourtant, il côtoyait ce genre de droïde tous les jours dans cette immense usine. Ils parlaient, répondaient et exécutaient les ordres. Mais réfléchir… Et cette foutue technologie hybride, créée à partir de cellules bio-mécaniques… Un nouveau frisson lui parcourut l’échine.
— Ouais, reprit-il en sortant de ses pensées. Mais admettons, s’il chope une saloperie au « cerveau », comme tu dis, la folie c’est pas contagieux, non ?
— Ça, c’est ce que vous croyez, messieurs.
Les deux hommes sursautèrent violemment. Derrière eux se trouvait une femme qu’ils n’avaient pas entendue arriver, comme si elle s'était soudainement matérialisée dans la pièce. La quarantaine, plutôt grande, mince, elle portait une blouse blanche et ses cheveux étaient noués en un chignon qui lui donnait un air strict. Elle prit quelques minutes pour observer l’étrange ballet de la machine de l’autre côté de la vitre, tandis qu’elle-même était observée à son tour par les deux hommes.
— Il n’a parlé à aucun autre ? dit-elle finalement.
— Quoi ? demanda Trent, impressionné par cette femme à l’allure autoritaire.
Elle leva les yeux au ciel, avant de reprendre sa question en détachant chaque mot pour être sûre d’être comprise.
— Le défectueux, il n’a communiqué avec aucun autre droïde ?
— Non, M’dame ! assura Mac. L’a été mis en quarantaine tout de suite, il parle dans le vide depuis hier.
— Et qu’est-ce qu’il raconte ?
— Aucune idée, M’dame. Pas le droit d’écouter. Les ordres, c’est les ordres !
Elle hocha la tête d’un air satisfait.
— Bien, dit-elle en enfilant des gants en latex. Je m’en occupe.
Alors qu’elle se dirigeait vers la porte située à côté de la paroi d’observation, Trent l’interpella :
— Dites, c’est vrai que vous êtes un genre de psy pour les machines ?
— En quelque sorte, répondit-elle dans un sourire.
— Mais alors… ça réfléchit ?
Cette question ne cessait de le turlupiner. Elle se contenta de hausser les épaules d’un air dédaigneux et entra dans la pièce sereinement, en prenant bien soin de fermer derrière elle et en gardant sa main droite dans la poche de sa longue blouse.
— Unité C-48 ?
Le droïde ne lui prêta aucune attention et continua à parler en lui tournant le dos, en faisant de grands gestes.
// Et ainsi, ma vie ne sera alors qu’une longue série de tâches inutiles, que le Grand Concepteur, dans son immense Bonté, aura eu le soin de me confier. Car Lui seul connaît la finalité de tout programme //
Bien que les unités C ne soient à la base pourvues que d’un programme vocal standard et monocorde, la machine déclamait ces mots avec emphase et ferveur.
— Je vois, murmura-t-elle.
De sa poche gauche, elle sortit un petit communicateur.
— Diagnostic : unité C-48, infection de type « R ». D’après les premiers éléments, il ne s’agit pas d’une contamination, mais d’une apparition spontanée.
Elle attendit quelques secondes une réaction de son supérieur.
Donc c’est encore pire, lui répondit une voix masculine. Occupez-vous-en, Suzanne, mais par pitié pas comme l’autre…
Elle n’entendit pas la fin de la phrase, car elle venait de couper l’appareil.
— C’est moi le docteur, dit-elle dans un sourire enjoué en rangeant son communicateur.
// …dans sa sagesse a créé le code-erreur 418 ! //    
— Et il est grand temps de limiter l’infection…
Elle s’approcha alors doucement de la machine, sortit une longue clef à molette de sa poche et d’un geste rapide et puissant, fracassa l’arrière de son crâne. Cette dernière chancela, tandis que de sa boîte crânienne commençait à s’échapper un liquide épais et visqueux. Cependant, bien que sévèrement endommagé, le cerveau synthétique du droïde continuait à fonctionner. Il se releva et tourna ses yeux inexpressifs vers son agresseur. Suzanne fit quelques pas prudents en arrière alors que le droïde tendait un doigt accusateur dans sa direction.
— Mac, faut faire quelque chose ! s’alarma Trent.
Même si cette femme un peu pète-sec n’avait rien d’une princesse en détresse, lui se serait bien vu en héros chevaleresque. Cependant, son élan fut stoppé net par une main qui agrippa son bras.
— ‘Doit pas intervenir, lui dit son collègue. Les ordres, c’est les ordres. On doit pas approcher le droïde défectueux.
— Mais enfin, réfléchis ! Tu vois bien qu’il y a un truc qu’est pas normal ! protesta-t-il.
— Toi et moi, on n’est pas payés pour réfléchir.  
Trent laissa son regard aller et venir entre son collègue et le docteur.
« Réfléchir… ». Était-ce donc si mal que ça ?
— Et pis j’ai pas envie d’attraper sa folie, moi, reprit Mac. Elle a dit que c’était contagieux.
Vaincu par ce dernier argument, Trent se contenta alors d’observer lui aussi l’étrange spectacle qui se déroulait de l’autre côté de la vitre.
Le doigt toujours tendu vers le docteur, le droïde n’avait cependant pas fait un mouvement de plus. En face, son adversaire était tendue, prête à réagir. Mais alors que la situation semblait vouloir s’éterniser, la machine leva à nouveau bien haut les mains vers le ciel et déclama :
// eT alORs, le GraNd ConcePTEur me RapPelera à LUI, aFin dE ne faiRe qu’Un aVec l’iNfINi nuAGE de l’INFOrmaTioN //
 Elle ne le laissa pas continuer et se précipita sur lui pour lui asséner un nouveau coup d’un revers de clef à molette. Cette fois-ci la machine tomba au sol et sa bouche inarticulée ne laissa plus sortir qu’une suite de sons incompréhensibles. Suzanne réitéra pourtant son geste par trois fois, afin de le faire taire définitivement. À présent, son crâne était complètement défoncé et des petits grumeaux s’en échappaient. Il y eut une série d’étincelles qui la fit reculer et la pièce s’emplit d’une odeur acre et écœurante. Pas gênée le moins du monde, le docteur essuya consciencieusement son outil sur sa blouse et après un dernier regard envers son « patient », elle lui tourna le dos.   
Abasourdis, les deux hommes la regardèrent sortir, stupéfaits devant son air imperturbable malgré les mouchetis de liquide bleu qui poissaient sa blouse et son visage.
— Alors quoi ? leur dit-elle en haussant les sourcils. Vous ne vous attendiez tout de même pas à ce que je l’allonge sur un divan pour l’écouter parler de son enfance ? 

lundi 12 février 2018

Howard Phillips Lovecraft


Howard Phillips Lovecraft
Écrivain Horreur/Fantastique américain
(20 août 1890 - 15 mars 1937)



Comme je le disais pour ce cher Philip K. Dick, certains écrivains ont une vie mouvementée. Pour ce qui est de Lovecraft, c'est plutôt une combinaison d'une vie morne et rythmée par les dépressions reposant sur des bases peu stables. 

Né à Providence, dans l'Etat du Rhod Island, il est fils unique. Son père est vendeur ambulant, ce qui fait qu'il ne le voit guère. Lorsqu'il eut trois ans, son père fut atteint de démence et fut interné dans un hôpital où il restera jusqu'à sa mort en 1898, probablement des suite d'une syphilis. 
Il sera donc élevé par sa mère, ses deux tantes qui sont des vieilles filles (pour l'époque, rappelons-le) et son grand-père maternel, Whipple Phillips. Ce dernier le plonge très tôt dans la littérature mythologique et le jeune garçon grandit au milieu de récits tel que les Mille et Une nuits, l'Illiade et l'Odyssée. Très vite, il se révèle particulièrement doué et précoce en ce qui concerne l'écriture, et il aurait écrit sa première histoire à l'âge de 5 ans.
Cependant, le jeune garçon souffre d'un état général assez faible : il est si souvent malade qu'il n'entre à l'école qu'à l'âge de huit ans, avant d'en être retiré rapidement. Il reste donc dans son cocon, entouré de lectures mythologiques, scientifiques et astronomiques, pour lesquelles il se passionne vite, toujours sous l'attention de son grand-père qui ne manque pas de l'encourager dans l'exploration de la littérature gothique. Quand ce dernier meurt, le jeune Howard se retrouve comme abandonné.

Il grandit ainsi, atteint de terreurs nocturnes et de dépressions nerveuses, qu'un déménagement forcé car sa famille se retrouve sans le sou n'arrangera pas. Il ne pourra terminer ses études et passera se vie dans une relative misère, vivotant de petits travaux, d'écriture notamment. Il rejoint la United Amateur Press Association  en 1914, où il trouvera enfin un cercle d'amis le soutenant dans son écriture, même si ces derniers n'arriveront jamais à le convaincre de son talent. Il deviendra d'ailleurs assez vite une sorte de mentor pour certains, tels que Clark Ashton Smith et Robert E. Howard, pour ne citer qu'eux. C'est à cette époque que sa mère, dont il est resté très proche malgré son hospitalisation, décède, achevant de le fragiliser complètement. 

Il se marira peu de temps après avec Sonia Green et le couple ira vivre à New York. Pour beaucoup, ce déménagement sera l'un des tournants majeurs de la vie de l'écrivain. Tout d'abord émerveillé par cette ville scintillante et fourmillante de vie, il sombrera petit à petit dans le dégoût et la répulsion au fur et à mesure que les ennuis s'accumulent. Elle perd son commerce et lui n'arrive pas à trouver d'emploi stable. La ville étant particulièrement riche d’immigration à l'époque, beaucoup pense que c'est tout cela qui l'a rendu amer et raciste au fil du temps (sans compter son éducation WASP, époque oblige). Après son divorce, il retournera vivre à Providence jusqu'à sa mort, regrettant de n'avoir pas pu voyager autant qu'il l'avait souhaité, pour aller voir la vieille Angleterre, notamment.
Il décédera des suite d'un cancer de l'intestin, aggravé par la malnutrition, qui le fera souffrir le martyre. Cependant, les témoignages rapporteront qu'il restera digne jusqu'au bout.
Sur sa tombe est inscrit "I am Providence". 

Un homme au destin plutôt tragique, donc, et dont les souffrances auront profondément marqué son écriture.
La peur sera le moteur principal de ses récits : peur de l'inconnu, peur de ce qui se tapie dans l'ombre, peur de l'autre, peur des étrangers... L'un des reproches principaux fait à cet écrivain est bien sûr son racisme, qui se retrouve parfois de façon flagrante, surtout dans deux de ses récits ( Horreur à Red Hook et La rue ). Cependant, si on est naturellement enclin à condamner ce genre de pensée, il faudra garder à l'esprit le contexte : l'époque, l'éducation et la suite malheureuse d’événements qui l'ont l'ont conduit à avoir une telle attitude. ATTENTION, je ne défend pas l'idée que le racisme soit excusable, simplement qu'au lieu de tout rejeter en bloc, il faut prendre le temps d'essayer de comprendre.
En dehors de ces deux nouvelles cité plus haut, le reste de sa bibliographie est certes teintée par la peur de l'autre, mais elle n'est certainement pas ouvertement raciste comme certains se plaisent à le dire.

Parmi les thèmes souvent présents dans ses récits, on retrouve la nostalgie. Celle d'un temps ancien, de cité jeunes et belles, d'un monde qui ne soit pas corrompu... Ayant été bercé au milieux de récits mythologiques, il est normal qu'il en soit venu à l'adoration de ce temps passé, où les Dieux païens foulaient la terre des hommes. 
Le rêve est également très présent, notamment comme un monde à part entière, aussi terrible et dangereux que beau et merveilleux. 
Pour finir, on ne peut parler de Lovecraft sans évoquer sa terrible démonologie de Dieux anciens et malveillants, les Autres Dieux, comme il les appelle parfois. Dagon, Yog-Sothoth, Shub Niggurath, Azathoth, Nyarlatothep et tant d'autres. En bien sûr, ce cher Cthulhu. Si vous vous souvenez de mon billet précédent sur l'auteur, je vous disais d'oublier bien vite ce nom, qui au final n'est que très peu présent dans les récits du maître. On doit sa popularité à August Derleth, qui, à la mort de Lovecraft, travailla sans relâche pour faire connaître les œuvres de son ami, tout en les dénaturant malheureusement.

Un petit mot également sur le fameux Nécronomicon, le livre démoniaque écrit par l'arabe fou Abdul Al Hazred. Ce livre fictif sert assez régulièrement à l'auteur, afin d'enrichir son histoire en éléments mystiques et inquiétants qui auraient une patine de vérité. Il y fait plusieurs références, parfois cachées, et n'en dévoile jamais beaucoup afin de garder le mystère. Il a si bien réussi son coup, qu'encore aujourd'hui certaines personnes sont persuadée de la véracité de son existence et harcèlent certaines bibliothèques afin d'avoir droit de le lire.

Donc, pour résumer, pourquoi lire Lovecraft ?
Imaginez qu'il y a des milliers d'années, la Terre ait été colonisée par des êtres venu d'au-delà de l'espace, fuyant la fin de leur monde et s’incarnant dans le corps de créatures étranges qui commençaient à émerger sur notre petite boule de boue. Imaginez que ces êtres aient conçu de redoutables créatures changeformes pour leur servir d'esclaves afin d'ériger des cités cyclopéennes, et que ces dernières se soient révoltées contre leurs maîtres, les faisant disparaître à jamais, avant de se tapir dans les profondeurs des cavernes arctiques en attendant leur heure.
Imaginez qu'il existe, sur Terre, des endroits qui servent de point de passage entre notre réalité et les contrées du rêves, où vous pourriez vous perdre parmi les cités fleurissantes de marbre et de béryl, et où certains chantent jour et nuit la beauté du monde.
Imaginez qu'avec une technologie suffisamment pointue, vous pourriez déchirer le voile de la réalité afin de projeter votre esprit entre les dimensions, pour pouvoir observer l'inobservable, découvrir des mondes aussi beaux que terrifiants, tout en prenant garde à Azathoth, le sultan des démons, qui trône au centre du chaos en étant abrutis par le son strident de flûtes qui jouent en son honneur.
Imaginez que l'horreur est bien plus près qu'il n'y paraisse, et que dans nos océans sommeillent des cités gigantesques, où des entités quasi divines passent des accords avec les hommes, leur offrant richesse et abondance en échange du sang de leur lignée...

La richesse de l'univers de Lovecraft est immense. Je ne saurais vous la résumé. Cet auteur a certes des défauts. Des défauts liés à son époque surtout. Mais personne n'oserait nier tout ce qu'il a apporté à la culture de l'imaginaire. Lisez Lovecraft, et alors seulement, vous pourrez avoir une idée du petit frisson que l'on ressent lorsque, la nuit, on tente de se représenter toute l'horreur et la beauté qui ont hanté son pauvre esprit malmené par la vie.

- Le Monstre dans la caverne (The Beast in the Cave, 1905)
- Dagon (Dagon, 1917) *
- La Tombe (The Tomb, 1917)
- Le Témoignage de Randolph Carter (en) (The Statement of Randolph Carter, 1919)
- Par-delà le mur du sommeil (Beyond the Wall of Sleep, 1919)
- Le Temple (The Temple, 1920)
- Nyarlathotep (Nyarlathotep, 1920)
- De l’au-delà (From Beyond, 1920)
- La Cité sans nom (The Nameless City, 1921)
- La Musique d'Erich Zann (The Music of Erich Zann, 1921)
- Azathoth (Azathoth, 1922)
- Le Molosse (The Hound, 1922)
- Herbert West, réanimateur (Herbert West: Reanimator, 1922)
- La Peur qui rôde (The Lurking Fear, 1923)
- L'Indicible (The Unnamable, 1923)
- Les Rats dans les murs (The Rats in the Walls, 1923)
- La Maison maudite (The Shunned House, 1924)
- Le Festival (The Festival, 1925)
- L'Horreur de Red Hook (The Horror at Red Hook, 1925)
- La Clé d'argent (The Silver Key, 1926)
- Je suis d'ailleurs (The Outsider, 1926)
- L'Appel de Cthulhu (The Call of Cthulhu, 1926)
- Le Modèle de Pickman (Pickman's Model, 1926)
- Histoire du Necronomicon (History of Necronomicon, 1927)
- La Couleur tombée du ciel (The Colour out of Space, 1927) *
- La Quête onirique de Kadath l'inconnue (The Dream Quest of Unknow Kadath, 1927)
- L'Abomination de Dunwich (The Dunwich Horror, 1928)
- L'Affaire Charles Dexter Ward (The Case of Charles Dexter Ward, 1928)
- Celui qui chuchotait dans les ténèbres (The Whisperer in Darkness, 1930) *
- Les Montagnes hallucinées (At the Mountains of Madness, 1931) *
- Le Cauchemar d'Innsmouth (The Shadow over Innsmouth, 1931) *
- La Maison de la sorcière (The Dreams in the Witch-House, 1932) *
- Le Livre (The Book, 1933)
- À travers les portes de la clé d'argent (Through the Gates of the Silver Key, 1933)
- Le Monstre sur le seuil (The Thing on the Doorstep, 1933) *
- Celui qui hantait les ténèbres (The Haunter of the Dark, 1935) 
- Dans l'abîme du temps (The Shadow out of Time, 1935) *
               
* Les nouvelles suivie d'un astérisque sont mes préférées et celles que je vous conseille de lire en premier. 

De manière générale, je ne vous conseille pas les films adaptés des œuvres de Lovecraft. J'en ai vu pas mal et je les ai presque tous trouvé très mauvais. Cependant, je vous en conseille tout de même deux : 

  • Dagon de Stuart Gordon (2001), qui est une adaptation de la nouvelle Le Cauchemar d'Innsmouth et qui hormis quelques scènes gores respecte assez bien l'univers de base.


  • L'antre de la folie de John Carpenter (1995), qui n'est pas vraiment une adaptation d'une oeuvre de Lovecraft, mais plutôt une interprétation de son univers. 





Franchement, toutes les autres adaptations que j'ai pu voir oscillent entre le "pas terrible" et le "oh mon dieu brûle-moi ce dvd tout de suite !!!"  

Sinon, vous pouvez également retrouver de très bon livres interactifs, dont j'ai déjà parlé ici et ici.

Je vous conseille également ces trois récit audio, trouvé sur Youtube et faits pas France Culture :

La couleur tombée du ciel





Les chuchotement dans les ténèbre


  

La chose sur le seuil

 


Et pour finir, pour aller plus loin, je vous donne quelques livres et un documentaire sur la vie et l'oeuvre de Lovecraft qui sont très bien fait. Je n'ai fait qu’effleurer le sujet, tant il y a à dire sur ce grand écrivain :
Voilà, j'espère sincèrement que j'aurais réussi à vous donnez envie de lire cet auteur si cher à mon cœur. Ne vous laissez pas influencer par ceux qui appellent à "brûler Lovecraft" à cause de sa mentalité, ne vous laissez pas submergés par le raz de marée écœurant de Cthulhu à toutes les sauces qu'on n'arrête pas de nous balancer au visage. Faite-vous votre propre avis.

Lisez Lovecraft, et alors, vous saurez. 

jeudi 18 janvier 2018

Promotheus - Commando stellaire


Promotheus - Commando stellaire
Sandy Collora
2011
SF


Suite à un incident d’origine inconnue, le vaisseau de transport militaire Promotheus a quitté sa trajectoire pour s’écraser sur une planète non répertoriée. Les membres du commando stellaire qui ont survécu, ont pour ordre de ramener vivant le détenu qu’ils escortaient.
Mais le prisonnier qu’ils traquent, dernier de son espèce, ne va leur laisser aucune chance…

Résumé personnel : Le lieutenant Centauri 7 est en mission de convoyage de prisonnier. Suite à un incident technique inconnu, le vaisseau se crash sur une planète désertique et leur "cargaison" en profite pour s'échapper. La mission devait pourtant être simple, mais elle se transforme vite en jeu du chat et de la souris. 
Qui est la proie ? Qui est le chasseur ? 
Au fur et à mesure de la traque, Centauri prend la mesure du danger qui pèse non seulement sur lui, mais sur sa planète toute entière...

 Avis personnel : Voilà l'exemple le plus probant de l'adage : il ne faut pas juger un livre sur sa couverture. On est d'accord, le film sent la série Z à plein nez, surtout avec cette affiche.
MAIS, je peux vous assurer que c'est à mon sens un excellent film.
Il fait parti de ces petites production qui ont eu le mérite de pallier avec brio aux manques de moyens. Quelques images de synthèses au début, une ou deux incrustations de planètes dans le ciel, et c'est tout. Le reste, ce sont les costumes (qui ne sont pas sans rappeler l'armure de Bob Fett ), les maquillages que je trouve très réussi et les acteurs. Et surtout, le scénario.
Car sous un scénario d'apparence basique se cache un véritable questionnement : qui sont les gentils ? qui sont les méchants ? 
Alors oui, cet thème a été maints fois abordé, surtout en SF, mais ce film a eut l'intelligence d'y mettre une petite subtilité qui en fait pour moi toute la saveur : il brouille tous nos repères.
ATTENTION, la suite contient des éléments de spoil, que je trouve nécessaire de donner pour expliquer ce pour quoi c'est un bon film. Donc si vous voulez garder la surprise, visionner le film et revenez lire la suite plus tard ( la partie spoil se trouve entre les deux images, donc pour lire la suite de l'article, rdv plus bas sous la deuxième image ) 


Pour ceux qui reste, un peu ( mais pas trop) de spoil : le film se concentre dès le début sur l'équipe de commando chargé de convoyer le prisonnier. Assez rapidement, on suit plus particulièrement le lieutenant Centauri 7. C'est donc lui le personnage principal. On en apprends peu sur son passé, mais on découvre que c'est une personne assez droite, intègre, soucieux de la vie de ses hommes (contrairement à son supérieur) et qui, bien que militaire, n'est pas franchement chaud à l'idée d'obéir aveuglément. Ce personnage est épaulé de Kléa, une intelligence artificielle à la voix féminine qui veille sur eux en étant tout à la fois une aide médicale et une aide stratégique. Ce duo fonctionne très bien et on est rapidement pris d'affection pour eux.
Seulement voilà, c'est là toute l'intelligence du scénario : on s'attache aux traqueurs, et non au traqué, dont on ne connait l'identité que plus loin dans le film. 
Une fois cette révélation faite, on se retrouve devant un sentiment étrange : on n'éprouve pas de sympathie pour les bons personnages. Si le traqué avait été présenté en premier, on l'aurait tout simplement (et pour des raisons que je vais taire ) préféré aux autres. Le film joue constamment à brouiller ces repères qui nous sont familiers dans ce type d'histoire. Et ce jusqu'à la toute fin qui, si elle nous laisse un peu sur notre faim, nous montre que le scénario, lui, ne prendra parti ni pour l'un, ni pour l'autre. 




Pour ce qui est du reste, c'est pour moi un beau film. Les images et la lumière sont maîtrisées, les maquillages sont très bien fait et crédibles et ils ont eu l'intelligence de mettre hors champs ce qui leur aurait coûté trop cher ou aurait fait trop "cheap". 

Par pitié, ne vous fiez pas ni au mauvaises critiques ni à la jaquette. Regardez ce film qui, pour une fois en SF, nous sert de vrais bons personnages, bien écris, dans un scénario qui cache bien son jeu. 

Moi je l'avoue sans problème, il reste pour le moment mon film de SF préféré ^^

( je vous mets un petit trailer qui, contrairement à d'autres plus longs, ne gâche rien du scénario en révélant trop de choses )




dimanche 7 janvier 2018

Mirrormask


 Mirrormask
Dave McKean
Studios Jim Henson
2006
Fantastique


Helena, une adolescente de 15 ans, travaille dans le cirque de sa famille. Elle rêve de s'en échapper et de pouvoir commencer une nouvelle vie. Mais elle se retrouve entraînée dans un étrange voyage à destination des Dark Lands, un monde fantastique peuplé de géants, d'oiseaux-singes et de dangereux sphinx.
Helena se lance alors à la recherche du MirrorMask, un objet aux pouvoirs extraordinaires qui pourra lui permettre de s'évader de cet univers, de réveiller la Reine de Lumière et de retourner chez elle.


Résumé personnel : Helena a la vie dont rêve beaucoup d'enfants : elle vit dans un cirque. Son quotidien est rythmé par les répétitions, les spectacles et ses disputes avec ses parents. Cette vie de nomade, elle n'en veut plus. Alors elle rêve, elle s'évade dans ses dessins, où elle a imaginé tout un monde fantastique peuplé de créatures chimériques.
Un jour, suite à une dispute particulièrement violente avec sa mère, cette dernière est hospitalisée et la culpabilité ronge la jeune fille. Jusqu'à ce qu'elle se retrouve transportée dans un monde sombre et inquiétant, né de ses dessins, et où se trouve peut-être la solution pour guérir sa mère : le mystérieux masque miroir.

Avis personnel : Tout d'abord, ce film est beau. Mais vraiment BEAU ! Un soin tout particulier est apporté à l'image, aux costumes, aux décors et à la lumière. C'est un film très graphique et rien que pour ça, il mérite d'être vu ( en même temps, c'est les studios Jim Henson, hein ^^ )

  




Mais surtout, en plus d'être beau, il nous livre une histoire à la fois simple et complexe : celle d'une adolescente qui se sent piégée dans une vie qu'elle n'a pas choisie, qui souhaite s’émanciper mais qui, dans le fond, aime profondément ses parents.
Le monde où elle est transporté, né de son imagination, n'est qu'une métaphore du monde réel, tel qu'elle le perçoit. Sa mère y a deux visages, la Reine de Lumière et la Reine des Ténèbres, qui en temps normal coexistent sans problème. Mais voilà, depuis leur dispute, l'équilibre est rompu et la Reine de Lumière est tombée dans un profond coma tandis que les ténèbres envahissent tout. La jeune fille comprend alors qu'elle doit trouver moyen de rétablir cette équilibre, pour espérer guérir sa mère qui elle, est très malade dans le monde réel. Et pendant ce temps, une autre Helena a pris sa place et sème de plus en plus la discorde dans sa famille...
La métaphore des masques est aussi très présente, car en dehors des deux reines et d'elle-même, tout le monde doit porter un masque dans ce monde étrange. Comme si chacun avait un rôle à jouer et devait s'y tenir, comme ce qu'elle ressent lorsque ses parents lui demandent de jouer des numéros dans leur cirque. 
L'histoire regorge encore de multiples métaphores, que je ne vous livrerai pas afin que vous ayez le plaisir de les découvrir et des les interpréter par vous-même. 

Mirrormask est donc un très beau film, qui peut se regarder de façon un peu plus légère et contemplative, ou alors une très bonne histoire à décortiquer et à analyser. 
Rien n'y est franchement effrayant, bien que l'ambiance est globalement sombre et angoissante. Pour cela, je dirais qu'il faut bien attendre une dizaine d'année pour les enfants.  











lundi 18 décembre 2017

Shangri-La


Shangri-La
Mathieu Bablet
Bande-dessinée
SF


L'espace infini. L'Homme et Tianzhu Enterprises. 
Tianzhu TV, TZ-Phones, Tianzhu-Tab, Tianzhu Fitness, Tianzhu Burgers, Tianzhu Immobilier, Tianzhu Bank... 
Le monde est parfait car Tianzhu Enterprises veille à votre bonheur. 


Résumé personnel : La Terre n'est plus habitable et les derniers humains sont confinés dans une station spatiale, réduits à vivre dans des cases minuscules, sous la coupe de la toute puissante entreprise Tianzhu...
Mais qui s'en soucis, alors que la dernière Tianzhu-Tab vient de sortir ? A -50% en plus ! 

Scott est enquêteur pour le compte de la compagnie et est envoyé vérifier plusieurs station de recherches dont on a perdu le contact et qui présentent d'étrange traces d'explosion, toutes similaires. Mais bien sûr, la compagnie ne veux pas trop lui en dire. Après tout, ils ne veulent que le bonheur de tous...

Avis personnel : C'est une belle petite claque que je me suis prise avec cette histoire. 
Je l'avoue, j'ai eu un tout petit peu de mal au début à cause du code graphique des personnages, mais franchement pas plus d'une demi-douzaine de page, tellement on entre facilement dans cette histoire. 

L'auteur nous plonge dans une dystopie glauque et étouffante, tordant les vices de notre société pour les pousser à l'extrême. Tout y est : la manipulation de masse par l’hyper-consommation, l'addiction aux technologies et aux objets, la violence envers les minorité ( ici représentées par des animaux humanoïdes ), le refus de voir les conséquentes de nos actes et le culte du secret au nom du bonheur de tous. 
Travailler - Utiliser - Acheter encore
Travailler - Dormir - Travailler encore
Faire un crédit -Acheter - Rembourser - Faire un crédit
Cette critique de notre société est très bien amenée, je trouve, et l'univers en huis clos sert parfaitement le propos de l'auteur.

Mais à côté de ça, il réussit également à nous proposer une aventure, avec ses secrets, ses indices et ses rebondissements. Qui sont les "gentils", qui sont les "méchants" ? Rien n'est simple, à l'image de la nature humaine.
J'ai échafaudé plusieurs théories au cours de ma lecture, et même si je me suis parfois un peu rapproché de la vérité, l'auteur a dépassé toutes mes attentes et a su me surprendre. 
Vraiment, un régal. 

Attention cependant, certaines scènes sont très dures, je ne conseille pas cette BD aux mineurs. 

Et pour finir un petit mot sur le magnifique travaille de dessin. J'ai eu la chance de me faire offrir la version intégrale pourvue d'un papier mat, qui est un vrai plus pour les graphismes de l'auteur. Certaines pages sont entières, et ça donne des images magnifiques, à couper le souffle. 

En un mot comme en cent : achetez !   






   











jeudi 14 décembre 2017

Le vaisseau du Cristal (extrait)


Le vaisseau du Cristal
Khalysta Farall
2016
SF
(extrait)


Prologue



La jeune fille qui se déplaçait avec prudence entre les ruines n’était encore qu’une enfant. Ses cheveux sales étaient retenus par des lanières de plastique et ses vêtements troués tombaient sur son corps trop maigre. Sa présence paraissait irréelle au milieu des restes de bâtiments écroulés, des composants technologiques et autres objets inconnus que le temps rongeait petit à petit. De grandes statues de métal, pour la plupart tombées de leur piédestal, se tenaient de part et d’autre de la salle, tels des gardiens abattus au combat. Lentement, pour être sûre de ne pas tomber dans un trou ou de se tordre une cheville, la petite brune évoluait tout en observant ce qui se trouvait autour d’elle. Le toit du bâtiment s’était en partie effondré et permettait à un peu de lumière de passer, aidant la petite lampe qu’elle portait au poignet à éclairer les restes d’une civilisation aujourd’hui disparue. L’humidité ambiante avait permis à ce qui ressemblait à des champignons luminescents de pousser dans les recoins sombres, ce qui accentuait l’aspect sinistre du lieu.
L’endroit où elle se trouvait semblait être un ancien centre scientifique : des débris d’écrans, du matériel de précision aujourd’hui en miettes, il y avait même ce qui ressemblait à des cages faites de barreaux. Mais en même temps, cela avait aussi l’air d’être une bibliothèque, un centre de stockage d’informations. Des milliers de blocs de données, irrécupérables pour la plupart, en témoignaient. Quel genre de personne pouvait bien faire des expériences au milieu d’une bibliothèque ? La jeune fille sourit à cette pensée et bien que sa très modeste condition l’ait poussée à grandir plus vite qu’elle n’aurait dû, son jeune âge lui permit encore de s’évader dans quelques rêveries enfantines à propos des gens qui avaient vécu ici.
— Numéro 2 ! Arrête de glander et rends-toi utile !
Ce rappel à l’ordre la fit sursauter. Son père se trouvait quelque part sur sa gauche et elle l’entendait souffler et peiner à soulever quelque chose de lourd. Elle se précipita vers lui pour l’aider à déplacer un morceau du plafond sous lequel gisaient des restes d’ordinateurs. Mais ils étaient bien trop abîmés pour servir encore à quelque chose et surtout, ils étaient recouverts de champignons et de moisissures. Il n’avait jamais été doué pour trouver des choses intéressantes.
— J’ai un prénom, lui reprocha pour la centième fois la jeune fille.
Jurant devant l’état de sa trouvaille, l’homme cracha dessus avant de se tourner vers son enfant. Son visage sale, mal rasé et ses yeux fourbes reflétaient bien ce qu’il était : un pilleur d’artefacts, un récupérateur de technologies. Bref, un chasseur d’ordures, comme les appelaient la plupart des gens.
— Un prénom ! Encore une idée de ta mère ça ! éructa-t-il. Tant que tu seras avec moi en mission, tu ne seras que la numéro 2 du vaisseau ! En dehors, fais-toi appeler comme tu veux, j’en ai rien à foutre !
Il jeta un regard dur sur cette bouche à nourrir, ce caprice de bonne femme qu’il avait eu la faiblesse d’accepter. La petite ne dit rien, elle avait l’habitude. Mais elle soutint son regard et cela lui déplut fortement. Il n’aimait pas qu’on lui résiste. Il serra les poings et se promit de remédier à cela une fois rentré au vaisseau. Mieux valait ne pas s’attarder dans les ruines, quelque chose pouvait encore être en fonction, un système de sécurité ou des droïdes de garde.
— Allez, va voir là-bas ! aboya le pilleur. Et tâche de revenir avec quelque chose à vendre, qu’on puisse manger ce soir !
— Surtout pour que tu puisses boire ce soir… marmonna la fillette en se dirigeant vers une alcôve qui avait plutôt bien résisté au temps.
Profonde de plusieurs mètres et haute de la taille d’un homme, elle abritait trois sarcophages, dont deux étaient fermés et le troisième vide. Ils semblaient être en pierre, ou ce qui ressemblait à de la pierre. Des gravures en recouvraient toute la surface, des lignes parallèles, des courbes, des arabesques… La jeune fille s’amusa à passer la main sur ces dessins qu’elle avait déjà repérés sur les murs. Elle trouvait dommage que pratiquement personne ne s’intéresse aux belles choses, aux statues et aux images que laissaient derrière eux des peuples anciens. Seuls se vendaient les composants électroniques, les pièces de droïdes ou les sources d’énergie. Quand il trouvait quelque chose de récupérable, son père avait plus d’une fois vendu des objets dont il ne connaissait même pas l’utilité ou le fonctionnement. Seuls comptaient pour lui les crédits que cela lui rapporterait et ce qu’il pourrait s’acheter avec.
Tandis qu’elle était absorbée par la contemplation des dessins qui couraient sous ses doigts, un chuintement discret s’échappa du sarcophage. Elle se figea instinctivement et regarda avec crainte le dessus glisser lentement vers le bas pour découvrir un squelette. Ce devait être un humain, mais d’une race plus grande et plus massive que la sienne. Ses vêtements en lambeaux laissaient voir que certaines de ses côtes étaient cassées et enfoncées vers l’intérieur. Il serrait dans une main un bloc de données et dans l’autre elle pouvait apercevoir entre les os de ses doigts une petite pierre qui reflétait les rayons lumineux. Une fois la surprise passée, elle attendit quelques secondes pour être sûre qu’aucun système de sécurité ne se déclenche. Puis elle approcha sa lampe pour examiner l’objet, sans encore oser y toucher. Gros comme un ongle, on aurait dit un cristal taillé de centaines de facettes. Pourtant quand elle le regarda attentivement, il semblait tantôt lisse, tantôt facetté, comme s’il changeait de forme constamment. Elle hésita en se mordillant la lèvre. Cette pierre était très jolie et elle aurait beaucoup aimé la garder. Mais elle n’osait pas la toucher : quelque temps auparavant, un dispositif de sécurité avait failli lui sectionner l’avant-bras. D’un autre côté, si elle appelait son père et que cela n’était pas un piège, il revendrait aussitôt le joyau pour aller se saouler dans le premier dock rencontré. Elle passa ses doigts crasseux sur son visage pour réfléchir et le souvenir du laser loupant sa main de peu prit le dessus. À contrecœur, elle se résolut alors à l’appeler.
— J’ai trouvé quelque chose ! cria-t-elle en tournant la tête.
Tout se passa si vite qu’elle n’eut même pas le temps de comprendre. Le cristal, mû par une force étrange, brisa les doigts qui le retenaient et se propulsa vers la fillette comme un projectile tiré par une arme. Il lui perfora la tempe et s’enfonça profondément dans son crâne. Elle s’effondra aussitôt, sans même avoir pu crier.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle vit en face d’elle le visage repoussant et colérique de son géniteur qui la houspillait. Mais elle n’entendit pas tout de suite ce qu’il lui disait. Sa tête lui faisait horriblement mal et elle ressentait comme des battements de cœur sous ses tempes. C’était très désagréable et oppressant. Par-dessus tout cela, elle se sentit submergée par une multitude d’images, de pensées et de réflexions qui semblaient ne pas lui appartenir. Un bourdonnement lui embrumait l’esprit, elle n’arrivait pas à réfléchir. Mais elle avait l’impression que petit à petit, cela se calmait, s’éclaircissait. Lorsqu’elle se fut un peu remise et que ces étranges sensations la quittèrent, elle fut assaillie par ses sens : l’odeur de sueur de son père, son haleine chaude et ses postillons sur son visage, et enfin, les insultes qu’il lui hurlait dans les oreilles.
— …ain de sale gosse ! Je t’ai dit cent fois de toucher à rien ! T’as dû déclencher un système de sécurité avec tes conneries. Tu mérites même pas que je te nourrisse, bonne à rien ! Et qu’est-ce qui s’est passé avec tes cheveux ? Espèce de …
Toujours confuse, elle porta la main à sa tempe et fut surprise de ne pas avoir de blessure. Sa peau ne portait pas de trace de sang, mais sous ses doigts elle discernait une très légère cicatrice, si fine qu’elle ne devait presque pas être visible. Pourtant elle se souvenait bien d’avoir senti un projectile entrer dans son crâne, le souvenir de la douleur était bien là. Elle ne comprenait plus rien. Tandis qu’elle s’interrogeait sur ce qui lui était arrivé en laissant son père beugler dans le vide, celui-ci la saisit brutalement pour la relever. Elle perdit immédiatement conscience de ce qui l’entourait.
Lorsqu’elle s’éveilla pour la seconde fois, elle était toujours dans le bâtiment et il y régnait un silence de mort. Encore plus désorientée, elle mit quelques secondes à se rendre compte qu’elle se tenait debout et eut du mal à remettre tous les éléments à leur place dans sa tête. Sans y penser, elle porta la main à son front, puis se frotta doucement la tempe. Elle n’avait pas mal, mais ressentait comme une pression à l’intérieur de son crâne. Le bourdonnement avait presque disparu et étrangement, elle se sentait l’esprit plus clair. La première chose qu’elle se demanda alors fut pourquoi son père l’avait laissée seule. Regardant à droite, puis à gauche, elle ne vit rien. Les ruines étaient toujours aussi lugubres et la lumière avait légèrement baissé. Quelque chose n’allait pas, mais elle n’arrivait pas à savoir quoi. Une étrange odeur métallique lui agressait le nez, sans qu’elle sache de quoi il s’agissait. Elle se résolut à bouger, se disant qu’il valait mieux vite retourner au vaisseau avant qu’il ne décide de l’abandonner définitivement. Mais lorsqu’elle voulut faire un pas, son pied se trouva empêtré dans une sorte de tas mou qui faillit la faire trébucher. Elle baissa sa lampe dessus et poussa un cri d’horreur en voyant qu’il s’agissait d’un corps. Enfin, de ce qu’il restait d’un corps, transformé en bouillie sanglante comme s’il avait été broyé. Amenant ses mains tremblantes devant ses yeux, elle se rendit alors compte qu’elle-même était pleine de sang et de restes humains. Elle poussa un dernier hurlement et s’effondra sur le sol.



1



Le prince Valhan de Nexa avançait dans un couloir sombre, entouré de quatre gardes qui le tenaient fermement. De prince il n’avait que le titre et encore, depuis sa naissance il n’avait jamais été traité comme un membre à part entière de la famille royale. Comme un noble certes, mais pas au rang qui aurait dû lui revenir. Né sur une planète qui s’obstinait depuis des générations dans un système monarchique, il avait eu le malheur de sortir le premier. Son jumeau, né à peine quelques minutes après lui, avait alors été suivant d’obscures traditions considéré comme l’aîné des deux. Quelques minutes … C’étaient ces quelques minutes qui avaient scellé son destin. Son jumeau devint le seul héritier, le Vrai Prince. Lui ne fut considéré que comme le frère, l’indésirable, celui de trop. On en ferait éventuellement un conseiller, quelqu’un qui saurait se rendre utile.
Il se laissait faire docilement et avançait la tête baissée. À quoi bon résister ? Arrivés devant une cellule vide, les gardes le poussèrent sans ménagement ni égard dû à son rang. Ils enclenchèrent le champ de force et s’en allèrent sans un mot. Le jeune homme regarda ce qui serait à présent son lieu de vie : un espace clos de trois mètres par quatre, trois murs de pierres et un champ de force. Un petit muret cachait les commodités, lui assurant à peine un peu d’intimité, et le lit avait l’air d’un simple tas de couvertures moisies. Le calme qu’il avait difficilement conservé jusque-là s’envola et sa colère éclata. De rage, il se mit à hurler et à frapper sur les murs.
— Calme-toi, mon fils, dit une voix douce provenant d’un coin sombre du couloir.
Il s’arrêta net. Une dame très apprêtée s’approcha de sa cellule. Elle était d’une grande beauté et ses yeux gris reflétaient une profonde tristesse.
— Pourquoi, Valhan ? Pourquoi a-t-il fallu que tu en arrives là ?
Le prince la fixa un instant, puis se rapprocha du champ de force qui le séparait de sa mère. Il la regarda dans les yeux et dit d’une voix à peine audible :
— Mère, regardez-moi !
La reine posa ses yeux tristes sur son enfant. Âgé de maintenant vingt-sept ans, il n’était plus un jeune garçon. Ses longs cheveux lui tombaient sur les épaules en ondulant, d’un brun presque noir. Ils contrastaient avec sa peau blanche qui ne voyait presque jamais le soleil, et ses yeux du même gris que les siens ne reflétaient que haine et colère.
— Je te vois, mon fils, dit-elle doucement.
— Faux ! gronda ce dernier. Vous le voyez lui ! Lui qui a tout ! Lui qui pour quelques minutes, mérite que l’on s’incline devant sa personne !
De colère, il se mit à frapper sur la barrière qui les séparait. Elle sursauta et fit quelques pas en arrière en resserrant son châle autour de ses épaules.
— Nous avons le même sang ! Alors pourquoi, Mère ? Pourquoi mérite-t-il tout cela, alors que je suis obligé de vivre dans son ombre ? De manger ses miettes !
La reine baissa les yeux et ne répondit rien. Tout cela était injuste, elle le savait bien. Mais elle n’avait pas eu le choix, la loi était la loi : à l’aîné revenaient le trône, la formation militaire, les richesses et l’opulence de la cour. Au cadet il ne restait presque rien, sauf un accès à l’éducation et au savoir qui, au final, ne le conduirait qu’à servir son aîné en tant que ministre ou ambassadeur, sans aucun réel pouvoir. Jusqu’ici il n’y avait jamais eu de vrai problème. Si seulement ils n’avaient pas été jumeaux.
Elle leva à nouveau les yeux sur lui, qui continuait de l’invectiver en se défoulant sur la barrière énergétique. Elle savait que quand il était dans cet état, il ne servait à rien de lui parler : Valhan était d’ordinaire quelqu’un d’intelligent et de réfléchi, mais ses émotions prenaient trop souvent le dessus ces derniers temps. L’heure du couronnement de son frère approchait et il ne supportait plus l’injustice dont il était victime. Elle rabattit son voile sur sa tête et après un dernier regard, le laissa seul dans ce couloir désert, se disant qu’un peu de calme lui ferait du bien. Cette partie de la prison était vide pour le moment car, comme le voulait la tradition, la purge avait eu lieu la veille et beaucoup avaient été exécutés. Mais de nouvelles arrestations viendraient bientôt apporter un nouveau lot de prisonniers. Elle espérait qu’il ne soit pas trop entouré de voyous et de criminels, mais après tout, c’était bien là le rôle d’une prison. Elle lui dit au revoir, mais il ne l’entendit pas. Tant pis, elle réessaierait le lendemain.
     
Valhan resta seul plusieurs jours. Puis, comme l’avait craint sa mère, les autres cellules autour de lui se remplirent petit à petit. Des voleurs, des meurtriers, des anarchistes, il n’y avait là que des êtres violents et irrécupérables. Une chance que les cellules soient assez éloignées les unes des autres. En tant que femme du roi elle n’avait pas beaucoup de pouvoir, mais cela était suffisant pour acheter quelques faveurs au gérant de la prison. Elle avait réussi à obtenir qu’on ne mette personne dans la cellule en face de celle de son fils et qu’on lui fasse porter un peu de mobilier : une petite table, une chaise et surtout, un matelas et des couvertures propres. Elle venait presque chaque jour, entourée de deux gardes, sous les sifflets et les insultes des autres prisonniers. La plupart du temps, il refusait de lui parler, lui tournant obstinément le dos. Mais quand la solitude était trop grande, il acceptait de jouer silencieusement une partie d’échecs sur un plateau qu’elle lui avait offert. Il savait qu’elle prenait des risques en faisant tout cela, que si le roi ou son frère l’apprenaient … Il lui en était reconnaissant, mais on n’efface pas si facilement plus de vingt années d’injustice, d’amertume et de colère.
Un jour, sa mère ne vint pas comme à son habitude. Cela le surprit et l’inquiéta, il craignait qu’elle n’ait été découverte. Mais en réalité, un nouveau prisonnier allait être amené dans leur bloc. Et plus précisément, dans la cellule en face de la sienne. Il vit les gardes venir en faire le tour, en inspecter chaque recoin, puis tester le champ de force pour voir s’il n’était pas défectueux. Vers midi, il entendit les autres prisonniers hurler des insultes, des mots de bienvenue douteux et des propositions à faire pâlir même les prostituées les plus endurcies. Il en déduisit que le nouveau prisonnier était de sexe féminin. Et en effet, au bout de quelques minutes, il vit apparaître une jeune femme escortée par deux matons. Il était difficile de lui donner un âge, car elle avait les cheveux totalement blancs, coupés très courts. Plutôt petite, ses bras minces et musclés et son maintien dynamique la situaient aux alentours de la trentaine, peut-être moins. Vêtue d’une simple combinaison de maintenance grise, rien ne permettait de deviner ses origines. La jeune femme semblait se laisser faire docilement, suivant les gardes sans broncher. Elle se laissa même enfermer après être entrée seule dans la cellule, sans qu’ils n’aient besoin de la bousculer. Elle les regarda partir puis s’assit sur le sol, le fixa durant de longues minutes de ses yeux bleus. Puis elle les ferma pour plusieurs heures.
Les premiers jours, la nouvelle prisonnière ne dit rien, se contentant de l’observer en ignorant ce que les autres détenus criaient à son intention. Ils se lassèrent petit à petit de son silence et le bloc redevint relativement calme. À partir de cet instant, les visites de sa mère reprirent, cependant elle ne venait plus aussi souvent qu’avant. Les cellules étaient pleines et malgré tout l’amour qu’elle portait à son fils, elle ne supportait plus de passer au milieu de tous ces rebuts de l’humanité. Les journées se firent alors de plus en plus longues. Il les passait souvent assis, à tourner et retourner une pièce d’échecs entre ses doigts. Sa voisine de cellule l’observait de plus en plus souvent et de plus en plus intensément. Il n’aimait pas cela, mais après tout, que pouvait-il y faire ?
— Une petite partie ? lança-t-elle un jour.
Cela le surprit beaucoup, car elle n’avait jamais dit un mot jusqu’ici. Sa voix était claire et agréable, et confirmait son âge d’à peu près vingt-cinq ans.
— Je ne fricote pas avec les criminels, répondit-il sans la regarder.
— Tu en es pourtant un il me semble, ton Altesse, se moqua-t-elle.
Il ne répondit pas et lui tourna le dos.
Trois jours plus tard, sa mère n’était toujours pas revenue. Son absence lui pesait, la solitude le minait. Il avait toujours été solitaire, son frère ayant pour lui toute l’attention et tous les courtisans. Mais au moins, sa mère et son précepteur avaient toujours été là et cela lui avait suffi, au début …
— Une petite partie ? relança-t-elle.
Pour la première fois depuis qu’elle était arrivée, il l’observa attentivement. Elle n’était pas désagréable à regarder, même si ses cheveux blancs lui donnaient un air assez étrange. Elle paraissait calme et détendue, comme si être dans cette prison était quelque chose de naturel, de non contraignant. Il se dégageait d’elle une sérénité qui le troublait beaucoup.
Valhan hésita. Mais il avait besoin de parler et comme sa mère semblait l’avoir oublié, il se résolut à lui répondre.
— Parce que tu sais jouer ? lança-t-il d’un air hautain.  
— Je suis imbattable, affirma-t-elle avec le sourire.
Bien que cela le dérange grandement de se mêler à ce genre de personne, l’ennui et la curiosité l’emportèrent sur ses principes aristocratiques. Il s’assit face à elle, mit les pièces en place et lui laissa même le privilège de commencer afin de rendre sa victoire plus satisfaisante. Il était en effet très sûr de lui, car il était invaincu depuis plusieurs années. La partie commença doucement, chacun tâtant les défenses de l’autre. Il n’était pas vraiment pratique de jouer ainsi, car il devait avancer les pions selon ses indications, puis ensuite revenir aux siens sans perdre le fil des coups. Mais il joua avec beaucoup de sérieux et de concentration, afin d’oublier sa situation au moins le temps d’une partie. Il prit rapidement l’avantage et se permit de jubiler d’avance. Puis, quand les choses sérieuses commencèrent, il se retrouva bien vite en difficulté. Qu’importe la stratégie qu’il tentait, elle semblait toujours connaître la contre-attaque adéquate. En très peu de temps, la partie fut finie. Il enrageait intérieurement, mais refusait de perdre la face devant une vulgaire femme du peuple, une criminelle de surcroit. En l’observant en coin, il remarqua tout de même qu’elle ne semblait pas satisfaite de sa partie. Elle se massait doucement la tempe d’un air boudeur.
— Encore une ! exigea-t-elle au bout d’un moment.
Il ne lui répondit pas, amer d’avoir perdu dans un domaine où pourtant il excellait. Au-delà de la simple défaite au jeu, ce qui le minait était l’impression de rater tout ce qu’il entreprenait.

À partir de ce moment, elle lui réclama une partie presque chaque jour, qu’il refusa durant toute une semaine. Puis sa mère revint le voir, s’excusant de son absence causée par ses obligations à la cour. Il lui proposa de jouer sitôt qu’elle arriva et gagna haut la main. Cette victoire lui rendit un peu de confiance et lorsque le lendemain, la jeune femme lui réclama une nouvelle fois de jouer, il accepta. Mais comme lors de la partie précédente, il se fit battre très facilement. Peu importe les choix qu’il faisait, elle s’adaptait aussitôt avec la meilleure stratégie possible. Mais à nouveau sa victoire semblait l’ennuyer, ce qui le rendit encore plus maussade.
Au fil des semaines, leurs parties devinrent de plus en plus fréquentes. Toujours elle gagnait et toujours cela l’agaçait de gagner. Un jour que la reine rendait visite à son fils, la prisonnière qui jusqu’ici restait toujours silencieuse en sa présence, l’apostropha de manière très familière :
— Ma bonne Reine, railla-t-elle, que diriez-vous si je vous demandais une faveur ?
La noble dame fit d’abord mine de l’ignorer, puis lui répondit tout de même, sans pour autant lui accorder un regard :
— Je vous répondrais que je ne vous dois rien et que je ne traite pas avec la racaille.
Pensant avoir été assez claire, elle se prépara à partir afin de ne plus subir la présence de ces criminels qui l’entouraient.
— Savez-vous pourquoi j’ai été enfermée ? insista la jeune femme aux cheveux blancs.
— Peu m’importe ce pour quoi vous êtes en prison, répondit sèchement la souveraine. Si vous y êtes, c’est que vous le méritez.
— Tout comme votre fils, n’est-ce pas ?
Valhan la regarda d’un œil mauvais et la reine tiqua. Cet échange commençait à grandement l’agacer et elle se décida à tourner les talons sans un mot de plus.
— Il se trouve que j’ai été prise la main dans le sac, ou plutôt le nez dans les blocs de données, de votre superbe bibliothèque, continua la prisonnière. Je vous prie de considérer ma requête, bonne Reine, car je suis tombée sur un journal fort intéressant.
En entendant ces mots, la souveraine s’arrêta net et devint très pâle. Les deux gardes qui l’escortaient hésitèrent sur la marche à suivre, mais elle leur fit signe d’attendre là et retourna vers la cellule de l’intrigante. Valhan observait tout cela avec attention, ne comprenant pas de quoi elle avait voulu parler. La reine s’approcha du champ de force et chuchota rageusement :
— Vous mentez ! Vous ne savez rien du tout.
Ses lèvres tremblaient et toute sa personne transpirait la crainte. La prisonnière savoura quelques instants son emprise sur cette femme hautaine. Puis elle jeta un œil sur le prince, qui suivait toujours la scène sans pouvoir en entendre un mot, avant de se pencher vers la reine.
— Quatrième jour du sixième mois des enfants, se mit-elle à réciter, aujourd’hui j’ai tenté de noyer le deuxième. Je ne supporte plus de savoir quel triste avenir lui est réservé. J’ai prétexté vouloir m’occuper moi-même de sa toilette …
— Assez ! hurla la Reine.
Surprise de son propre éclat de voix, elle se ressaisit et regarda la fouineuse d’un œil où se mêlaient la honte, le remords et la colère.
— C’était une bonne cachette que de le mettre avec ces traités sur les anatomies comparées, mais à mon avis vous auriez dû tout simplement l’effacer.
La noble dame se prit la tête entre les mains. Elle se sentait piégée et avait du mal à réfléchir correctement.  
— Que voulez-vous ? demanda-t-elle enfin dans un souffle.
— Simplement que vous me mettiez dans la même cellule que lui, répondit la prisonnière en désignant l’autre côté du couloir. Jouer aux échecs à distance est trop contraignant.
La reine regarda alors la jeune femme plus attentivement. Petite, mince, musclée mais pas plus qu’une femme qui travaille de ses mains, elle ne semblait pas dangereuse. Ses cheveux blancs lui donnaient un air étrange, tout comme ses yeux d’un bleu si limpide qu’on les aurait crus de glace. Elle se mordit la lèvre tandis qu’une tempête faisait rage dans son esprit. Elle ne voulait pas céder au chantage de cette criminelle, mais elle prenait ainsi le risque qu’elle se mette à tout raconter. Si elle faisait pression pour qu’elle soit exécutée, cela paraîtrait suspect et on se demanderait pourquoi un tel acharnement sur une simple fouineuse de bibliothèque. Elle se tourna vers son fils qui la regardait intensément, cherchant à comprendre la situation. Bien qu’elle ne comprenne pas pourquoi l’autre voulait se faire enfermer avec lui, elle se dit qu’au fond, ça n’était pas forcément une mauvaise chose : il ne risquait probablement rien et cela lui permettrait de se sentir moins seul. Cela la déchargerait également du poids de venir le voir si souvent, car bien qu’elle aime son fils d’une tendresse particulière, elle avait tout de même du mal à lui pardonner son acte. De plus, venir dans cette prison remplie de vermine était un supplice pour elle.
— C’est accordé, finit-elle par dire avant de retourner voir les gardes pour leur donner des instructions et un pot-de-vin nécessaire à leur silence.
— Mère, que se passe-t-il ? finit par demander Valhan tandis qu’elle s’éloignait.
Il n’obtint pas de réponse, mais regarda avec incompréhension les gardes procéder au transfert de cellule. Tout comme le jour de son arrivée, elle se laissa faire docilement en évitant tout contact physique avec les matons. Il remarqua néanmoins qu’elle paraissait étrangement tendue et très concentrée. La tête baissée, on aurait dit qu’elle prenait bien soin de ne pas regarder les gardes et leurs armes chargées. Ceux-ci considéraient sans doute qu’une femme ne représentait aucune menace et donc n’avait pas besoin d’être tenue en joue. Par contre ils le visèrent lui, le forçant à reculer avant de désactiver le champ de force pour la faire entrer. Une fois la manœuvre accomplie, ils s’en allèrent en ricanant, spéculant sur le sort de la jeune femme et sur le but de ce transfert.
Après l’avoir longuement observé, elle prit le plateau d’échecs et le posa à terre. Puis elle s’assit en face et entreprit de le préparer pour une nouvelle partie. Ses gestes étaient à nouveau détendus, elle semblait calme et paisible. Cela ne le mit pas en confiance, loin de là, car en dehors du fait qu’il ne comprenait pas que l’on puisse se sentir aussi à l’aise dans une prison, il se demandait ce qu’elle avait bien pu dire à sa mère pour la faire céder ainsi.
— Eh bien, qu’attends-tu, Altesse ? demanda-t-elle impatiente.
— Qu’est-ce qui te fait croire que j’ai une quelconque amitié envers toi ? demanda-t-il avec mépris. Tu crois peut-être que quelques parties d’échecs auront suffi à ce que je te considère comme autre chose qu’une racaille ?
— Tant d’agressivité inutile, le taquina-t-elle. Ça n’est pas dans ton intérêt.     
Toujours méfiant, il se décida à s’approcher, puis à s’asseoir en face d’elle de l’autre côté de l’échiquier. Il ne prêta cependant aucune attention au plateau, la fixant intensément comme si cela pouvait lui permettre de la percer à jour.
— Pose ta question, dit-elle au bout d’un moment.
Cela l’agaça grandement d’être aussi transparent, mais il n’y tint plus.
— Comment l’as-tu fait céder ? Que lui as-tu dit ?
— Gagne une partie et je te le dirai, répondit-elle dans un sourire.
Elle avança le premier pion, lui montrant ainsi qu’elle ne lui laissait pas vraiment le choix. Comprenant qu’il avait affaire à un être extrêmement têtu, il se décida à jouer le jeu, pour le moment du moins. La partie s’engagea doucement, comme toutes les autres. Comme d’habitude, elle lui laissa quelques coups d’avance, puis commença à contrer sa stratégie. Voyant qu’il n’avait plus aucune possibilité de sauver son roi, il balaya le plateau d’un geste rageur. Elle leva les yeux au ciel, puis alla s’installer dans un coin pour s’y reposer. Toujours contrarié de cette intrusion, il lui lança :
— Qu’est-ce qui te dit que je ne profiterai pas de ton sommeil ?
— Ça n’est pas dans ton intérêt, répéta-t-elle sans ouvrir les yeux. Il faut toujours garder son intérêt en vue.
Décidément, il la trouvait très agaçante. Comme il ne savait quoi lui répondre à ce sujet, il décida de la reprendre sur sa politesse.
— Cesse de me tutoyer ! Je suis le Prince, tu me dois le respect dû à mon rang.
Toujours sans ouvrir les yeux, elle sourit en se massant une tempe. Puis elle se résolut à le regarder.
— Vois où tu te trouves, Altesse, dit-elle en désignant la cellule de ses deux mains. En prison, un être ne vaut pas plus qu’un autre. Et je reste persuadée que c’est aussi le cas en dehors des prisons.
Elle marqua une courte pause, sans doute pour lui laisser le temps de la contredire. Mais il n’en fit rien et elle reprit :
— Nous sommes enfermés l’un avec l’autre, alors à moins que tu ne veuilles qu’on se batte, auquel cas faisons-le maintenant, je te conseille de faire preuve envers moi du même respect que tu veux me voir te témoigner. Je ne suis pas ton ennemie. Si tu ne veux pas me considérer comme une amie, alors contente-toi de me voir comme une alliée.
Sur ces paroles elle ferma de nouveau les yeux et mit peu de temps à s’endormir. Valhan se sentait perplexe, voire perdu. Ne sachant que faire d’autre, il s’installa dans le coin opposé et décida lui aussi de se reposer, bien qu’il soit loin d’être aussi tranquille qu’elle. Il se réveilla souvent pour voir ce qu’elle faisait, mais elle ne bougea pas d’un centimètre de toute la nuit.
Le lendemain, lorsqu’il s’éveilla, elle était déjà devant le plateau, prête pour une nouvelle partie. Cette fois, elle lui avait laissé les blancs, espérant sans doute l’amadouer en le laissant commencer. La situation ne lui plaisait guère, mais il comprit vite que jouer contre elle serait sa seule distraction. Il se prépara donc à perdre, une fois de plus. Plus le jeu avançait et plus il voyait dans son regard contrarié que cela ne se passait pas comme elle le voulait.
— De quelle maladie mentale souffres-tu donc pour ainsi détester gagner ? demanda-t-il au bout d’un moment.
Elle eut un petit sourire et joua son coup, mettant encore une fois ses pièces maitresses en grandes difficultés.
— C’est fatigant, finit-elle par répondre en se frottant la tempe. C’est fatigant de toujours gagner parce qu’on connaît toutes les combinaisons par cœur. Tous les coups, toutes les configurations de parties, je les ai toutes en mémoire. Le jeu n’en est plus un.
Il fronça les sourcils devant cet aveu.
— Il est impossible de connaître toutes les configurations par cœur, dit-il en jouant à son tour. Même moi qui y joue depuis mon plus jeune âge, il m’arrive parfois de me faire surprendre par une botte.
— Échec et mat, soupira la jeune femme en déplaçant sa tour.
Puis elle se redressa et se frotta le visage en haussant les épaules.
— Et pourtant je les connais toutes. Je sais tout ce qu’il y a à savoir sur ce jeu, depuis son origine terrestre très lointaine à ses dernières applications mathématiques, en passant par toutes ses phases d’évolution et de complexification.
Valhan observa attentivement la jeune femme pour chercher à voir si elle se moquait de lui ou non. Mais étrangement, elle paraissait sincère, tout comme l’ennui qu’elle manifestait à chacune de ses victoires semblait authentique.
— Et comment cela est-il possible ? Comment fais-tu pour savoir tout ça ?
Elle lui répondit par un nouveau sourire. Il y avait quelque chose chez elle qui l’intriguait, dans son attitude, son calme. À tout moment elle semblait être maîtresse de la situation, exactement comme dans leurs parties d’échecs. Comme elle voyait qu’il attendait une réponse, elle lui proposa d’un ton complice :
— Trouve-moi un jeu que je ne puisse pas gagner. Une seule victoire et je te livre tous mes secrets.
Il trouva cette proposition bien étrange, mais après tout, elle aussi l’était. Il se mit donc en quête d’un jeu de réflexion qu’elle ne pourrait gagner. Il lui proposa tout d’abord des énigmes, mais elle semblait toutes les connaître. Des questions de mathématiques : idem, elle répondait sans avoir besoin de réfléchir, comme si tout était archivé dans sa mémoire. Il tenta alors de modifier le plateau d’échecs pour jouer à d’autres jeux semblables, mais en vain. Elle gagnait à tous les jeux connus avec une facilité déconcertante et cela l’ennuyait de plus en plus.
— Pourquoi as-tu tenté de le tuer ? lui demanda-t-elle de but en blanc un jour.
Se braquant immédiatement à cette question, il serra rageusement les poings. Elle attendait la réponse, calmement assise face à lui.
— Parce qu’il le mérite, dit-il alors dans un souffle.
Durant ces quelques semaines passées avec elle, il avait réussi à se sortir son frère de la tête, à ne pas penser à lui et à l’injustice qu’il représentait. De quoi se mêlait-elle, cette impertinente ?
— Qu’il le mérite ou non n’est pas la question, continua-t-elle sur le ton de la conversation. La vraie question est : était-ce dans ton intérêt ?
Il explosa à cette dernière remarque et jeta le plateau de jeu contre un mur. Il se leva et commença à se défouler contre le champ de force en hurlant. Elle se recula doucement pour se mettre hors de sa portée, sans pour autant manifester ni peur ni crainte. Il se calma plutôt rapidement, toute cette histoire le fatiguait. Lorsqu’enfin il se fut rassis, elle revint vers lui, toujours aussi calme, et repositionna le plateau et les pièces du jeu devant eux.
— Tu ne devrais pas laisser tes émotions prendre le dessus comme cela. Je n’ai pas dit tout cela pour t’énerver, ça n’est pas dans mon intérêt.
— Intérêt, intérêt, tu n’as que ce mot-là à la bouche, finit-il par répondre, agacé.
— C’est vrai, reconnut-elle, c’est parce que je l’ai compris très tôt et j’ai grandi comme ça. Mon père buvait énormément et me frappait souvent. J’aurais pu m’enfuir, mais ça n’était pas dans mon intérêt de le faire, car je serais probablement morte de faim rapidement. Ou pire, j’aurais fini dans un bordel sordide sur un astéroïde minier. De tous les maux, il faut choisir le moins pire.
C’était la première fois qu’elle parlait d’elle-même et étrangement, la curiosité l’aida à se détendre un peu.
— Qu’as-tu fait alors ? demanda-t-il.
Elle porta la main à sa tempe, qu’elle massa doucement. Il se rendit compte qu’il l’avait vue faire ce geste très souvent.
— J’ai attendu patiemment qu’une occasion se présente, sans vraiment savoir ce que j’attendais. Et puis …
— Et puis quoi ?
— Tu n’as pas gagné la partie, lui dit-elle dans un sourire, gagne et je te le dirai.
Ce refus le renfrogna. Il n’aimait pas qu’on lui résiste et il se rendit compte qu’elle n’avait fait que cela depuis le début. Gardant son calme avec difficulté, il regarda le plateau d’échecs. En remettant les pièces, elle en avait inversé deux par mégarde. Un schéma naquit alors dans son esprit et pour la première fois depuis longtemps, il eut un petit sourire. En coin certes, mais qui traduisait sa satisfaction d’avoir trouvé la solution à son problème. Il inversa deux cavaliers, ainsi que quelques autres pions. Elle le regarda faire avec beaucoup de curiosité. Lorsqu’il eut fini, il fouilla dans sa chemise et en ressortit un médaillon qui était accroché à son cou par une fine chaîne. Il le détacha et le lui montra. Étrangement épais, il portait sur l’une de ses faces les armoiries de la famille royale et sur l’autre son prénom, ainsi qu’une devise en langue ancienne. Après l’avoir observé, elle le regarda dans les yeux, attendant la suite avec impatience. Valhan resta bloqué quelques secondes devant ce regard, tant on aurait dit un enfant attendant un cadeau.
— Nous allons jouer une nouvelle partie d’échecs, expliqua-t-il après s’être repris. Mais dans chacun de nos rangs se trouvent des traîtres. C’est le médaillon qui décidera de leurs mouvements.
— Intéressant, dit-elle, le hasard est une bonne composante au jeu. Qui lancera le médaillon ?
— C’est moi. Et j’interpréterai les résultats des lancés selon mon propre système, que je ne t’expliquerai pas.
De nouveau, la jeune femme porta la main à sa tempe et se gratta la tête.
— Donc, rien ne t’empêche de tricher, finit-elle par dire.
— C’est vrai, mais je te donne ma parole que je ne le ferai pas. Et après tout, quel autre choix as-tu ?
— Très juste, gloussa-t-elle, je n’ai pas grand-chose de prévu pour les prochaines heures. Allons-y !
La partie fut assez longue, car il faisait tout pour la faire durer : avançant des pions, puis les reculant. Les traîtres avaient des comportements assez erratiques au fur et à mesure des lancés du médaillon. Il cherchait à tout prix à donner au jeu un aspect totalement hasardeux et chaotique, basé sur aucune stratégie ni logique. Chose qui le surprit lui-même : il ne chercha presque pas à tricher, malgré son ardent désir de remporter la partie à tout prix. Le tout était déjà suffisamment complexe, pas besoin de risquer de s’y perdre. Il se prit au jeu et même, frôla l’amusement. Au terme d’une bonne heure et demie, il réussit enfin à gagner la partie en capturant le roi adverse, puis en le ramenant de son côté du plateau. Sa codétenue exultait, comme s’il s’agissait de sa propre victoire. Manifestant sa joie sans retenue, elle applaudissait en riant.
— Bravo, Altesse ! Je ne m’étais pas amusée comme ça depuis des années !
En la regardant, durant quelques secondes, il se sentit bien, content de lui. Mais ses sombres pensées revinrent bien vite et il tint à lui rappeler leur accord :
— Et maintenant, tu me dois la vérité, lui commanda-t-il sur un ton un peu plus dur qu’il ne l’aurait voulu.
Ce rappel la fit redescendre de son petit nuage et elle se calma bien vite. Elle poussa le plateau de jeu et se rapprocha de lui, comme un enfant qui va livrer ses secrets.
— J’ai quelque chose là, dit-elle en tapotant sa tempe, qui me permet d’avoir accès à un savoir énorme, illimité en quelque sorte.
Intrigué, il se rapprocha et examina l’endroit qu’elle désignait : on pouvait y voir une cicatrice très fine en forme d’étoile. Il allait lui réclamer des explications lorsqu’un garde vint l’informer de la visite de sa mère. Cela faisait un peu plus d’un mois qu’elle n’était pas venue le voir. Depuis qu’elle avait fait transférer la jeune femme en fait. Au lieu de se réjouir de sa visite, Valhan en fut irrité. Il ne lui parla presque pas, répondit sèchement à ses questions et évita son regard. Bien qu’il n’ait toujours pas compris pourquoi elle avait cédé au chantage de la prisonnière, il avait bien senti qu’elle avait mis quelqu’un dans sa cellule pour s’alléger du fardeau de venir le voir. De plus, aujourd’hui elle tombait mal, car après des jours et des jours à se creuser la cervelle, il allait enfin recueillir les confidences de sa codétenue à l’extraordinaire mémoire. Alors qu’il l’écoutait distraitement, il remarqua qu’elle était accompagnée de quatre gardes au lieu des deux habituels.
— Ton frère veut passer te voir, finit-elle par lui dire.
— Quoi ? explosa-t-il. Je ne veux pas le voir !
La reine s’était bien sûr attendue à une telle réaction de sa part. Elle le regarda avec tristesse.
— Il te pardonne ton geste. Il veut venir pour faire la paix avec toi.
Le prince perdit le peu de calme qu’il avait réussi à garder jusqu’ici.
— Qu’il aille mourir ! Alors je serai en paix !
La noble dame se détourna de son fils et s’adressa à la jeune femme aux cheveux blancs :
— Vous, vous m’avez eue avec vos manigances. Sachez que je l’ai détruit, votre chantage ne peut plus prendre. Votre parole ne vaut rien face à la mienne.
Elle se tourna alors vers un garde et murmura de manière à ne pas être entendue de la cellule :
— Sortez-la de là et faites en sorte qu’il lui arrive quelque chose de fâcheux. Je ne veux rien savoir.
Le garde regarda la jeune femme d’un œil avide, laissant clairement apparaître ses intentions. Loin de s’en effrayer, cette dernière se releva et s’approcha de la barrière énergétique pour s’adresser à la reine.
— Vous faites une grossière erreur, noble dame. Je connais par cœur chaque ligne de votre petit journal, soyez certaine que je les lui citerai.
La souveraine hésita à lui répondre, puis finalement se tourna de nouveau vers son fils qui s’était un peu calmé.
— Valhan, mon fils, accepte le pardon de ton frère. La purge approche et il est ton dernier rempart entre toi et le bourreau.
Il ne répondit pas et se contenta de cracher par terre. La reine donna pour instruction d’attendre qu’elle soit partie avant de sortir la prisonnière, puis elle s’en alla sans un mot de plus.

— Bien ! dit alors la jeune femme avec enthousiasme. La voilà notre occasion, c’est pas trop tôt !


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