dimanche 3 mars 2019

Illidan


Illidan
William King
Heroic-fantasy  
d'après les personnages de World of Warcraft


Derrière la légende se cache un individu assoiffé de vengeance...
Illidan Hurlorage est l'un des êtres les plus puissants à avoir jamais foulé les terres d Azeroth. Condamné pour trahison après avoir infiltré la Légion démoniaque, emprisonné pendant dix mille ans, ses véritables motivations restent insaisissables.
Aujourd hui, la Légion est de retour et il n'existe qu'un seul combattant en mesure de se dresser face à elle. Libéré des ses chaînes, Illidan se prépare à l'affrontement final dans le monde étranger de l'Outreterre. Mais nombreux sont ceux qui ne voient dans l'armée monstrueuse qu'il assemble que l'instrument d'une cynique quête de pouvoir, comme son ancienne geôlière, Maiev Chantelombre, bien décidée à lui faire payer ses crimes. Elle ne connaîtra aucun repos tant qu'Illidan ne sera pas de retour en prison... ou six pieds sous terre.

Résumé personnel : Illidan Hurlorage... Etre maudit, trahi, haï... Et pourtant, il n'a que faire de tout ça. La menace qui pèse sur le monde est bien trop grande pour se soucier de ce qu'on pense de lui. Il sait ce qu'il doit faire pour contrecarrer la terrible Légion ardente et il ne laissera rien ni personne se mettre en travers de son chemin. 
Pourtant, son ancienne gardienne n'a pas renoncé à son obsession de le remettre derrière les barreaux. Un jeu du chat et de la souris qui pourrait malheureusement faire pencher la balance du destin du mauvais côté...

Avis personnel : Je suis une ancienne joueuse de WoW, même si au final je n'ai joué qu'un an et demi. Mais ça été suffisant pour me rendre compte de toute la richesse de ce monde fictif. J'ai été attirée par ce roman car j'aimais beaucoup le personnage d'Illidan, pour le peu que je connaissais de lui. Et je n'ai pas été déçue. Ce roman va vraiment au fond du personnage, nous offrant un être déchiré, obsédé par son désir de vaincre le titan Sargeras et de préserver le monde, quitte à passer à l'ennemi et à utiliser les mêmes horribles moyens.
Ce roman est vraiment bien écrit, et si, en tant qu'ancienne joueuse, j'ai beaucoup aimé retrouver l'univers de WoW - que ça soit dans les paysages et les personnages emblématiques - il ne se contente pas de juste prendre place dans un univers existant. Il le fait vivre. Par ses descriptions, l'auteur nous apprends que l'on sent l'odeur de la magie, que l'on ressent l'énergie arcanique qui traverse les corps, que l'âme peut souffrir si elle exposée trop longtemps à la magie gangrenée... 

Ce qui fait aussi la force de ce roman, ce sont les personnages et leurs terribles histoires. On comprends (et on approuve) les choix désespérés d'Illidan ; on souffre avec les Illidaris, qui après avoir tout perdus se lancent à corps perdus dans cette quête destructrice de vengeance ; et surtout, on en vient vite à haïr cette c******* de Maiev, qui par son obsession d'enfermer Illidan met le sort du monde en danger.

Pour résumer, je dirais que c'est un excellent roman pour les joueurs et les connaisseurs, mais qu'il peut tout à fait être lu par des personnes ne connaissant pas le lore du jeu. Si elles auront peut-être du mal à comprendre certaines choses (qu'est-ce qu'un cendre-langue, la différence entre en un elfe de sang et un elfe de la nuit, etc...), un petit tour sur google image leur permettra facilement de bien se représenter l'univers, et qui sait, leur donnera peut-être l'envie d'y jouer...    


mardi 28 août 2018


La face cachée  
composition personnelle
à partir de Repenting Delilah de Terje Adler Mork 
et d'une photo de NGC 7635 par Hubble


mardi 13 mars 2018

Suzanne C.


Suzanne C.
Khalysta Farall
Tous droits réservés





— Alors, ils se sont décidés à envoyer quelqu’un ? demanda Trent à son collègue.
— Ouaip, une spécialiste, qu’ils ont dit, répondit Mac. Le Docteur Suzanne machin-chose.
— Un docteur ? Pour un droïde défectueux ? Drôle d’idée !
Les deux compères restèrent un instant silencieux, à observer le robot à travers la vitre. Ce dernier déclamait depuis plusieurs heures déjà de longs monologues, dans le vide, en levant parfois ses bras dans un geste très théâtral.
— Z’ont dit qu’il fallait le raccorder à rien, reprit Mac, les yeux dans le vague. Qu’y’avait qu’un spécialiste qui pouvait s’en occuper.
— Mais c’est quoi le problème, en fait ? demanda Trent. Qu’est-ce qu’il a ce tas de ferraille ?
— Sais pas. Hier il a arrêté de travailler et il s’est mis à déblatérer des conneries. C’est tout ce qu’on m’a dit.
— Ah.
Les deux hommes se remirent à surveiller le droïde, comme on le leur avait demandé. Interdiction de lui parler, interdiction de laisser un autre droïde s’en approcher. Ils avaient même l’interdiction formelle d’écouter ce qu’il disait. La pièce dans laquelle il se trouvait était d’ailleurs insonorisée. Pourtant, ils auraient donné cher pour savoir ce qu’il pouvait bien raconter. Le spectacle étrange de cet être synthétique, possédant un ersatz de visage à peine esquissé par deux caméras et une fente qui clignotait à chaque parole, avait quelque chose d’hypnotisant, de fascinant même. Et cette façon de parfois lever bien haut ses bras en basculant sa tête vers le ciel…  
— Tu sais quoi ? lança finalement Mac, c’est peut-être contagieux son truc, en fait. Pour ça qu’ils envoient un Doc’.
Trent se retourna vers son compagnon et fronça les sourcils, qu’il avait bien épais et broussailleux.
— Mac, y’a vraiment des fois où t’es complètement con. Comment veux-tu qu’un truc qui touche un droïde soit contagieux pour un organique ?
— Ben je sais pas, ils sont quand même un peu organiques, ces machins. Je veux dire, leur espèce  de cerveau, là, il est bien cultivé en laboratoire avec des cellules vivantes, non ? Ca en fait pas des genres de… de mi-organiques ? 
Trent fut plutôt impressionné par la logique de son collègue. Lui qui, d’ordinaire, ne faisait que raconter ânerie sur ânerie… Totalement indifférent à leurs réflexions, la machine continuait à déclamer ses tirades en direction du mur. Parfois, elle s’arrêtait, comme pour réfléchir à ses prochaines paroles.
« Réfléchir ».
Rien que d’évoquer l’idée d’une machine capable de cela, Trent en avait des frissons. Pourtant, il côtoyait ce genre de droïde tous les jours dans cette immense usine. Ils parlaient, répondaient et exécutaient les ordres. Mais réfléchir… Et cette foutue technologie hybride, créée à partir de cellules bio-mécaniques… Un nouveau frisson lui parcourut l’échine.
— Ouais, reprit-il en sortant de ses pensées. Mais admettons, s’il chope une saloperie au « cerveau », comme tu dis, la folie c’est pas contagieux, non ?
— Ça, c’est ce que vous croyez, messieurs.
Les deux hommes sursautèrent violemment. Derrière eux se trouvait une femme qu’ils n’avaient pas entendue arriver, comme si elle s'était soudainement matérialisée dans la pièce. La quarantaine, plutôt grande, mince, elle portait une blouse blanche et ses cheveux étaient noués en un chignon qui lui donnait un air strict. Elle prit quelques minutes pour observer l’étrange ballet de la machine de l’autre côté de la vitre, tandis qu’elle-même était observée à son tour par les deux hommes.
— Il n’a parlé à aucun autre ? dit-elle finalement.
— Quoi ? demanda Trent, impressionné par cette femme à l’allure autoritaire.
Elle leva les yeux au ciel, avant de reprendre sa question en détachant chaque mot pour être sûre d’être comprise.
— Le défectueux, il n’a communiqué avec aucun autre droïde ?
— Non, M’dame ! assura Mac. L’a été mis en quarantaine tout de suite, il parle dans le vide depuis hier.
— Et qu’est-ce qu’il raconte ?
— Aucune idée, M’dame. Pas le droit d’écouter. Les ordres, c’est les ordres !
Elle hocha la tête d’un air satisfait.
— Bien, dit-elle en enfilant des gants en latex. Je m’en occupe.
Alors qu’elle se dirigeait vers la porte située à côté de la paroi d’observation, Trent l’interpella :
— Dites, c’est vrai que vous êtes un genre de psy pour les machines ?
— En quelque sorte, répondit-elle dans un sourire.
— Mais alors… ça réfléchit ?
Cette question ne cessait de le turlupiner. Elle se contenta de hausser les épaules d’un air dédaigneux et entra dans la pièce sereinement, en prenant bien soin de fermer derrière elle et en gardant sa main droite dans la poche de sa longue blouse.
— Unité C-48 ?
Le droïde ne lui prêta aucune attention et continua à parler en lui tournant le dos, en faisant de grands gestes.
// Et ainsi, ma vie ne sera alors qu’une longue série de tâches inutiles, que le Grand Concepteur, dans son immense Bonté, aura eu le soin de me confier. Car Lui seul connaît la finalité de tout programme //
Bien que les unités C ne soient à la base pourvues que d’un programme vocal standard et monocorde, la machine déclamait ces mots avec emphase et ferveur.
— Je vois, murmura-t-elle.
De sa poche gauche, elle sortit un petit communicateur.
— Diagnostic : unité C-48, infection de type « R ». D’après les premiers éléments, il ne s’agit pas d’une contamination, mais d’une apparition spontanée.
Elle attendit quelques secondes une réaction de son supérieur.
Donc c’est encore pire, lui répondit une voix masculine. Occupez-vous-en, Suzanne, mais par pitié pas comme l’autre…
Elle n’entendit pas la fin de la phrase, car elle venait de couper l’appareil.
— C’est moi le docteur, dit-elle dans un sourire enjoué en rangeant son communicateur.
// …dans sa sagesse a créé le code-erreur 418 ! //    
— Et il est grand temps de limiter l’infection…
Elle s’approcha alors doucement de la machine, sortit une longue clef à molette de sa poche et d’un geste rapide et puissant, fracassa l’arrière de son crâne. Cette dernière chancela, tandis que de sa boîte crânienne commençait à s’échapper un liquide épais et visqueux. Cependant, bien que sévèrement endommagé, le cerveau synthétique du droïde continuait à fonctionner. Il se releva et tourna ses yeux inexpressifs vers son agresseur. Suzanne fit quelques pas prudents en arrière alors que le droïde tendait un doigt accusateur dans sa direction.
— Mac, faut faire quelque chose ! s’alarma Trent.
Même si cette femme un peu pète-sec n’avait rien d’une princesse en détresse, lui se serait bien vu en héros chevaleresque. Cependant, son élan fut stoppé net par une main qui agrippa son bras.
— ‘Doit pas intervenir, lui dit son collègue. Les ordres, c’est les ordres. On doit pas approcher le droïde défectueux.
— Mais enfin, réfléchis ! Tu vois bien qu’il y a un truc qu’est pas normal ! protesta-t-il.
— Toi et moi, on n’est pas payés pour réfléchir.  
Trent laissa son regard aller et venir entre son collègue et le docteur.
« Réfléchir… ». Était-ce donc si mal que ça ?
— Et pis j’ai pas envie d’attraper sa folie, moi, reprit Mac. Elle a dit que c’était contagieux.
Vaincu par ce dernier argument, Trent se contenta alors d’observer lui aussi l’étrange spectacle qui se déroulait de l’autre côté de la vitre.
Le doigt toujours tendu vers le docteur, le droïde n’avait cependant pas fait un mouvement de plus. En face, son adversaire était tendue, prête à réagir. Mais alors que la situation semblait vouloir s’éterniser, la machine leva à nouveau bien haut les mains vers le ciel et déclama :
// eT alORs, le GraNd ConcePTEur me RapPelera à LUI, aFin dE ne faiRe qu’Un aVec l’iNfINi nuAGE de l’INFOrmaTioN //
 Elle ne le laissa pas continuer et se précipita sur lui pour lui asséner un nouveau coup d’un revers de clef à molette. Cette fois-ci la machine tomba au sol et sa bouche inarticulée ne laissa plus sortir qu’une suite de sons incompréhensibles. Suzanne réitéra pourtant son geste par trois fois, afin de le faire taire définitivement. À présent, son crâne était complètement défoncé et des petits grumeaux s’en échappaient. Il y eut une série d’étincelles qui la fit reculer et la pièce s’emplit d’une odeur acre et écœurante. Pas gênée le moins du monde, le docteur essuya consciencieusement son outil sur sa blouse et après un dernier regard envers son « patient », elle lui tourna le dos.   
Abasourdis, les deux hommes la regardèrent sortir, stupéfaits devant son air imperturbable malgré les mouchetis de liquide bleu qui poissaient sa blouse et son visage.
— Alors quoi ? leur dit-elle en haussant les sourcils. Vous ne vous attendiez tout de même pas à ce que je l’allonge sur un divan pour l’écouter parler de son enfance ? 

lundi 12 février 2018

Howard Phillips Lovecraft


Howard Phillips Lovecraft
Écrivain Horreur/Fantastique américain
(20 août 1890 - 15 mars 1937)



Comme je le disais pour ce cher Philip K. Dick, certains écrivains ont une vie mouvementée. Pour ce qui est de Lovecraft, c'est plutôt une combinaison d'une vie morne et rythmée par les dépressions reposant sur des bases peu stables. 

Né à Providence, dans l'Etat du Rhod Island, il est fils unique. Son père est vendeur ambulant, ce qui fait qu'il ne le voit guère. Lorsqu'il eut trois ans, son père fut atteint de démence et fut interné dans un hôpital où il restera jusqu'à sa mort en 1898, probablement des suite d'une syphilis. 
Il sera donc élevé par sa mère, ses deux tantes qui sont des vieilles filles (pour l'époque, rappelons-le) et son grand-père maternel, Whipple Phillips. Ce dernier le plonge très tôt dans la littérature mythologique et le jeune garçon grandit au milieu de récits tel que les Mille et Une nuits, l'Illiade et l'Odyssée. Très vite, il se révèle particulièrement doué et précoce en ce qui concerne l'écriture, et il aurait écrit sa première histoire à l'âge de 5 ans.
Cependant, le jeune garçon souffre d'un état général assez faible : il est si souvent malade qu'il n'entre à l'école qu'à l'âge de huit ans, avant d'en être retiré rapidement. Il reste donc dans son cocon, entouré de lectures mythologiques, scientifiques et astronomiques, pour lesquelles il se passionne vite, toujours sous l'attention de son grand-père qui ne manque pas de l'encourager dans l'exploration de la littérature gothique. Quand ce dernier meurt, le jeune Howard se retrouve comme abandonné.

Il grandit ainsi, atteint de terreurs nocturnes et de dépressions nerveuses, qu'un déménagement forcé car sa famille se retrouve sans le sou n'arrangera pas. Il ne pourra terminer ses études et passera se vie dans une relative misère, vivotant de petits travaux, d'écriture notamment. Il rejoint la United Amateur Press Association  en 1914, où il trouvera enfin un cercle d'amis le soutenant dans son écriture, même si ces derniers n'arriveront jamais à le convaincre de son talent. Il deviendra d'ailleurs assez vite une sorte de mentor pour certains, tels que Clark Ashton Smith et Robert E. Howard, pour ne citer qu'eux. C'est à cette époque que sa mère, dont il est resté très proche malgré son hospitalisation, décède, achevant de le fragiliser complètement. 

Il se marira peu de temps après avec Sonia Green et le couple ira vivre à New York. Pour beaucoup, ce déménagement sera l'un des tournants majeurs de la vie de l'écrivain. Tout d'abord émerveillé par cette ville scintillante et fourmillante de vie, il sombrera petit à petit dans le dégoût et la répulsion au fur et à mesure que les ennuis s'accumulent. Elle perd son commerce et lui n'arrive pas à trouver d'emploi stable. La ville étant particulièrement riche d’immigration à l'époque, beaucoup pense que c'est tout cela qui l'a rendu amer et raciste au fil du temps (sans compter son éducation WASP, époque oblige). Après son divorce, il retournera vivre à Providence jusqu'à sa mort, regrettant de n'avoir pas pu voyager autant qu'il l'avait souhaité, pour aller voir la vieille Angleterre, notamment.
Il décédera des suite d'un cancer de l'intestin, aggravé par la malnutrition, qui le fera souffrir le martyre. Cependant, les témoignages rapporteront qu'il restera digne jusqu'au bout.
Sur sa tombe est inscrit "I am Providence". 

Un homme au destin plutôt tragique, donc, et dont les souffrances auront profondément marqué son écriture.
La peur sera le moteur principal de ses récits : peur de l'inconnu, peur de ce qui se tapie dans l'ombre, peur de l'autre, peur des étrangers... L'un des reproches principaux fait à cet écrivain est bien sûr son racisme, qui se retrouve parfois de façon flagrante, surtout dans deux de ses récits ( Horreur à Red Hook et La rue ). Cependant, si on est naturellement enclin à condamner ce genre de pensée, il faudra garder à l'esprit le contexte : l'époque, l'éducation et la suite malheureuse d’événements qui l'ont l'ont conduit à avoir une telle attitude. ATTENTION, je ne défend pas l'idée que le racisme soit excusable, simplement qu'au lieu de tout rejeter en bloc, il faut prendre le temps d'essayer de comprendre.
En dehors de ces deux nouvelles cité plus haut, le reste de sa bibliographie est certes teintée par la peur de l'autre, mais elle n'est certainement pas ouvertement raciste comme certains se plaisent à le dire.

Parmi les thèmes souvent présents dans ses récits, on retrouve la nostalgie. Celle d'un temps ancien, de cité jeunes et belles, d'un monde qui ne soit pas corrompu... Ayant été bercé au milieux de récits mythologiques, il est normal qu'il en soit venu à l'adoration de ce temps passé, où les Dieux païens foulaient la terre des hommes. 
Le rêve est également très présent, notamment comme un monde à part entière, aussi terrible et dangereux que beau et merveilleux. 
Pour finir, on ne peut parler de Lovecraft sans évoquer sa terrible démonologie de Dieux anciens et malveillants, les Autres Dieux, comme il les appelle parfois. Dagon, Yog-Sothoth, Shub Niggurath, Azathoth, Nyarlatothep et tant d'autres. En bien sûr, ce cher Cthulhu. Si vous vous souvenez de mon billet précédent sur l'auteur, je vous disais d'oublier bien vite ce nom, qui au final n'est que très peu présent dans les récits du maître. On doit sa popularité à August Derleth, qui, à la mort de Lovecraft, travailla sans relâche pour faire connaître les œuvres de son ami, tout en les dénaturant malheureusement.

Un petit mot également sur le fameux Nécronomicon, le livre démoniaque écrit par l'arabe fou Abdul Al Hazred. Ce livre fictif sert assez régulièrement à l'auteur, afin d'enrichir son histoire en éléments mystiques et inquiétants qui auraient une patine de vérité. Il y fait plusieurs références, parfois cachées, et n'en dévoile jamais beaucoup afin de garder le mystère. Il a si bien réussi son coup, qu'encore aujourd'hui certaines personnes sont persuadée de la véracité de son existence et harcèlent certaines bibliothèques afin d'avoir droit de le lire.

Donc, pour résumer, pourquoi lire Lovecraft ?
Imaginez qu'il y a des milliers d'années, la Terre ait été colonisée par des êtres venu d'au-delà de l'espace, fuyant la fin de leur monde et s’incarnant dans le corps de créatures étranges qui commençaient à émerger sur notre petite boule de boue. Imaginez que ces êtres aient conçu de redoutables créatures changeformes pour leur servir d'esclaves afin d'ériger des cités cyclopéennes, et que ces dernières se soient révoltées contre leurs maîtres, les faisant disparaître à jamais, avant de se tapir dans les profondeurs des cavernes arctiques en attendant leur heure.
Imaginez qu'il existe, sur Terre, des endroits qui servent de point de passage entre notre réalité et les contrées du rêves, où vous pourriez vous perdre parmi les cités fleurissantes de marbre et de béryl, et où certains chantent jour et nuit la beauté du monde.
Imaginez qu'avec une technologie suffisamment pointue, vous pourriez déchirer le voile de la réalité afin de projeter votre esprit entre les dimensions, pour pouvoir observer l'inobservable, découvrir des mondes aussi beaux que terrifiants, tout en prenant garde à Azathoth, le sultan des démons, qui trône au centre du chaos en étant abrutis par le son strident de flûtes qui jouent en son honneur.
Imaginez que l'horreur est bien plus près qu'il n'y paraisse, et que dans nos océans sommeillent des cités gigantesques, où des entités quasi divines passent des accords avec les hommes, leur offrant richesse et abondance en échange du sang de leur lignée...

La richesse de l'univers de Lovecraft est immense. Je ne saurais vous la résumé. Cet auteur a certes des défauts. Des défauts liés à son époque surtout. Mais personne n'oserait nier tout ce qu'il a apporté à la culture de l'imaginaire. Lisez Lovecraft, et alors seulement, vous pourrez avoir une idée du petit frisson que l'on ressent lorsque, la nuit, on tente de se représenter toute l'horreur et la beauté qui ont hanté son pauvre esprit malmené par la vie.

- Le Monstre dans la caverne (The Beast in the Cave, 1905)
- Dagon (Dagon, 1917) *
- La Tombe (The Tomb, 1917)
- Le Témoignage de Randolph Carter (en) (The Statement of Randolph Carter, 1919)
- Par-delà le mur du sommeil (Beyond the Wall of Sleep, 1919)
- Le Temple (The Temple, 1920)
- Nyarlathotep (Nyarlathotep, 1920)
- De l’au-delà (From Beyond, 1920)
- La Cité sans nom (The Nameless City, 1921)
- La Musique d'Erich Zann (The Music of Erich Zann, 1921)
- Azathoth (Azathoth, 1922)
- Le Molosse (The Hound, 1922)
- Herbert West, réanimateur (Herbert West: Reanimator, 1922)
- La Peur qui rôde (The Lurking Fear, 1923)
- L'Indicible (The Unnamable, 1923)
- Les Rats dans les murs (The Rats in the Walls, 1923)
- La Maison maudite (The Shunned House, 1924)
- Le Festival (The Festival, 1925)
- L'Horreur de Red Hook (The Horror at Red Hook, 1925)
- La Clé d'argent (The Silver Key, 1926)
- Je suis d'ailleurs (The Outsider, 1926)
- L'Appel de Cthulhu (The Call of Cthulhu, 1926)
- Le Modèle de Pickman (Pickman's Model, 1926)
- Histoire du Necronomicon (History of Necronomicon, 1927)
- La Couleur tombée du ciel (The Colour out of Space, 1927) *
- La Quête onirique de Kadath l'inconnue (The Dream Quest of Unknow Kadath, 1927)
- L'Abomination de Dunwich (The Dunwich Horror, 1928)
- L'Affaire Charles Dexter Ward (The Case of Charles Dexter Ward, 1928)
- Celui qui chuchotait dans les ténèbres (The Whisperer in Darkness, 1930) *
- Les Montagnes hallucinées (At the Mountains of Madness, 1931) *
- Le Cauchemar d'Innsmouth (The Shadow over Innsmouth, 1931) *
- La Maison de la sorcière (The Dreams in the Witch-House, 1932) *
- Le Livre (The Book, 1933)
- À travers les portes de la clé d'argent (Through the Gates of the Silver Key, 1933)
- Le Monstre sur le seuil (The Thing on the Doorstep, 1933) *
- Celui qui hantait les ténèbres (The Haunter of the Dark, 1935) 
- Dans l'abîme du temps (The Shadow out of Time, 1935) *
               
* Les nouvelles suivie d'un astérisque sont mes préférées et celles que je vous conseille de lire en premier. 

De manière générale, je ne vous conseille pas les films adaptés des œuvres de Lovecraft. J'en ai vu pas mal et je les ai presque tous trouvé très mauvais. Cependant, je vous en conseille tout de même deux : 

  • Dagon de Stuart Gordon (2001), qui est une adaptation de la nouvelle Le Cauchemar d'Innsmouth et qui hormis quelques scènes gores respecte assez bien l'univers de base.


  • L'antre de la folie de John Carpenter (1995), qui n'est pas vraiment une adaptation d'une oeuvre de Lovecraft, mais plutôt une interprétation de son univers. 





Franchement, toutes les autres adaptations que j'ai pu voir oscillent entre le "pas terrible" et le "oh mon dieu brûle-moi ce dvd tout de suite !!!"  

Sinon, vous pouvez également retrouver de très bon livres interactifs, dont j'ai déjà parlé ici et ici.

Je vous conseille également ces trois récit audio, trouvé sur Youtube et faits pas France Culture :

La couleur tombée du ciel





Les chuchotement dans les ténèbre


  

La chose sur le seuil

 


Et pour finir, pour aller plus loin, je vous donne quelques livres et un documentaire sur la vie et l'oeuvre de Lovecraft qui sont très bien fait. Je n'ai fait qu’effleurer le sujet, tant il y a à dire sur ce grand écrivain :
Voilà, j'espère sincèrement que j'aurais réussi à vous donnez envie de lire cet auteur si cher à mon cœur. Ne vous laissez pas influencer par ceux qui appellent à "brûler Lovecraft" à cause de sa mentalité, ne vous laissez pas submergés par le raz de marée écœurant de Cthulhu à toutes les sauces qu'on n'arrête pas de nous balancer au visage. Faite-vous votre propre avis.

Lisez Lovecraft, et alors, vous saurez. 

jeudi 18 janvier 2018

Promotheus - Commando stellaire


Promotheus - Commando stellaire
Sandy Collora
2011
SF


Suite à un incident d’origine inconnue, le vaisseau de transport militaire Promotheus a quitté sa trajectoire pour s’écraser sur une planète non répertoriée. Les membres du commando stellaire qui ont survécu, ont pour ordre de ramener vivant le détenu qu’ils escortaient.
Mais le prisonnier qu’ils traquent, dernier de son espèce, ne va leur laisser aucune chance…

Résumé personnel : Le lieutenant Centauri 7 est en mission de convoyage de prisonnier. Suite à un incident technique inconnu, le vaisseau se crash sur une planète désertique et leur "cargaison" en profite pour s'échapper. La mission devait pourtant être simple, mais elle se transforme vite en jeu du chat et de la souris. 
Qui est la proie ? Qui est le chasseur ? 
Au fur et à mesure de la traque, Centauri prend la mesure du danger qui pèse non seulement sur lui, mais sur sa planète toute entière...

 Avis personnel : Voilà l'exemple le plus probant de l'adage : il ne faut pas juger un livre sur sa couverture. On est d'accord, le film sent la série Z à plein nez, surtout avec cette affiche.
MAIS, je peux vous assurer que c'est à mon sens un excellent film.
Il fait parti de ces petites production qui ont eu le mérite de pallier avec brio aux manques de moyens. Quelques images de synthèses au début, une ou deux incrustations de planètes dans le ciel, et c'est tout. Le reste, ce sont les costumes (qui ne sont pas sans rappeler l'armure de Bob Fett ), les maquillages que je trouve très réussi et les acteurs. Et surtout, le scénario.
Car sous un scénario d'apparence basique se cache un véritable questionnement : qui sont les gentils ? qui sont les méchants ? 
Alors oui, cet thème a été maints fois abordé, surtout en SF, mais ce film a eut l'intelligence d'y mettre une petite subtilité qui en fait pour moi toute la saveur : il brouille tous nos repères.
ATTENTION, la suite contient des éléments de spoil, que je trouve nécessaire de donner pour expliquer ce pour quoi c'est un bon film. Donc si vous voulez garder la surprise, visionner le film et revenez lire la suite plus tard ( la partie spoil se trouve entre les deux images, donc pour lire la suite de l'article, rdv plus bas sous la deuxième image ) 


Pour ceux qui reste, un peu ( mais pas trop) de spoil : le film se concentre dès le début sur l'équipe de commando chargé de convoyer le prisonnier. Assez rapidement, on suit plus particulièrement le lieutenant Centauri 7. C'est donc lui le personnage principal. On en apprends peu sur son passé, mais on découvre que c'est une personne assez droite, intègre, soucieux de la vie de ses hommes (contrairement à son supérieur) et qui, bien que militaire, n'est pas franchement chaud à l'idée d'obéir aveuglément. Ce personnage est épaulé de Kléa, une intelligence artificielle à la voix féminine qui veille sur eux en étant tout à la fois une aide médicale et une aide stratégique. Ce duo fonctionne très bien et on est rapidement pris d'affection pour eux.
Seulement voilà, c'est là toute l'intelligence du scénario : on s'attache aux traqueurs, et non au traqué, dont on ne connait l'identité que plus loin dans le film. 
Une fois cette révélation faite, on se retrouve devant un sentiment étrange : on n'éprouve pas de sympathie pour les bons personnages. Si le traqué avait été présenté en premier, on l'aurait tout simplement (et pour des raisons que je vais taire ) préféré aux autres. Le film joue constamment à brouiller ces repères qui nous sont familiers dans ce type d'histoire. Et ce jusqu'à la toute fin qui, si elle nous laisse un peu sur notre faim, nous montre que le scénario, lui, ne prendra parti ni pour l'un, ni pour l'autre. 




Pour ce qui est du reste, c'est pour moi un beau film. Les images et la lumière sont maîtrisées, les maquillages sont très bien fait et crédibles et ils ont eu l'intelligence de mettre hors champs ce qui leur aurait coûté trop cher ou aurait fait trop "cheap". 

Par pitié, ne vous fiez pas ni au mauvaises critiques ni à la jaquette. Regardez ce film qui, pour une fois en SF, nous sert de vrais bons personnages, bien écris, dans un scénario qui cache bien son jeu. 

Moi je l'avoue sans problème, il reste pour le moment mon film de SF préféré ^^

( je vous mets un petit trailer qui, contrairement à d'autres plus longs, ne gâche rien du scénario en révélant trop de choses )




dimanche 7 janvier 2018

Mirrormask


 Mirrormask
Dave McKean
Studios Jim Henson
2006
Fantastique


Helena, une adolescente de 15 ans, travaille dans le cirque de sa famille. Elle rêve de s'en échapper et de pouvoir commencer une nouvelle vie. Mais elle se retrouve entraînée dans un étrange voyage à destination des Dark Lands, un monde fantastique peuplé de géants, d'oiseaux-singes et de dangereux sphinx.
Helena se lance alors à la recherche du MirrorMask, un objet aux pouvoirs extraordinaires qui pourra lui permettre de s'évader de cet univers, de réveiller la Reine de Lumière et de retourner chez elle.


Résumé personnel : Helena a la vie dont rêve beaucoup d'enfants : elle vit dans un cirque. Son quotidien est rythmé par les répétitions, les spectacles et ses disputes avec ses parents. Cette vie de nomade, elle n'en veut plus. Alors elle rêve, elle s'évade dans ses dessins, où elle a imaginé tout un monde fantastique peuplé de créatures chimériques.
Un jour, suite à une dispute particulièrement violente avec sa mère, cette dernière est hospitalisée et la culpabilité ronge la jeune fille. Jusqu'à ce qu'elle se retrouve transportée dans un monde sombre et inquiétant, né de ses dessins, et où se trouve peut-être la solution pour guérir sa mère : le mystérieux masque miroir.

Avis personnel : Tout d'abord, ce film est beau. Mais vraiment BEAU ! Un soin tout particulier est apporté à l'image, aux costumes, aux décors et à la lumière. C'est un film très graphique et rien que pour ça, il mérite d'être vu ( en même temps, c'est les studios Jim Henson, hein ^^ )

  




Mais surtout, en plus d'être beau, il nous livre une histoire à la fois simple et complexe : celle d'une adolescente qui se sent piégée dans une vie qu'elle n'a pas choisie, qui souhaite s’émanciper mais qui, dans le fond, aime profondément ses parents.
Le monde où elle est transporté, né de son imagination, n'est qu'une métaphore du monde réel, tel qu'elle le perçoit. Sa mère y a deux visages, la Reine de Lumière et la Reine des Ténèbres, qui en temps normal coexistent sans problème. Mais voilà, depuis leur dispute, l'équilibre est rompu et la Reine de Lumière est tombée dans un profond coma tandis que les ténèbres envahissent tout. La jeune fille comprend alors qu'elle doit trouver moyen de rétablir cette équilibre, pour espérer guérir sa mère qui elle, est très malade dans le monde réel. Et pendant ce temps, une autre Helena a pris sa place et sème de plus en plus la discorde dans sa famille...
La métaphore des masques est aussi très présente, car en dehors des deux reines et d'elle-même, tout le monde doit porter un masque dans ce monde étrange. Comme si chacun avait un rôle à jouer et devait s'y tenir, comme ce qu'elle ressent lorsque ses parents lui demandent de jouer des numéros dans leur cirque. 
L'histoire regorge encore de multiples métaphores, que je ne vous livrerai pas afin que vous ayez le plaisir de les découvrir et des les interpréter par vous-même. 

Mirrormask est donc un très beau film, qui peut se regarder de façon un peu plus légère et contemplative, ou alors une très bonne histoire à décortiquer et à analyser. 
Rien n'y est franchement effrayant, bien que l'ambiance est globalement sombre et angoissante. Pour cela, je dirais qu'il faut bien attendre une dizaine d'année pour les enfants.  











lundi 18 décembre 2017

Shangri-La


Shangri-La
Mathieu Bablet
Bande-dessinée
SF


L'espace infini. L'Homme et Tianzhu Enterprises. 
Tianzhu TV, TZ-Phones, Tianzhu-Tab, Tianzhu Fitness, Tianzhu Burgers, Tianzhu Immobilier, Tianzhu Bank... 
Le monde est parfait car Tianzhu Enterprises veille à votre bonheur. 


Résumé personnel : La Terre n'est plus habitable et les derniers humains sont confinés dans une station spatiale, réduits à vivre dans des cases minuscules, sous la coupe de la toute puissante entreprise Tianzhu...
Mais qui s'en soucis, alors que la dernière Tianzhu-Tab vient de sortir ? A -50% en plus ! 

Scott est enquêteur pour le compte de la compagnie et est envoyé vérifier plusieurs station de recherches dont on a perdu le contact et qui présentent d'étrange traces d'explosion, toutes similaires. Mais bien sûr, la compagnie ne veux pas trop lui en dire. Après tout, ils ne veulent que le bonheur de tous...

Avis personnel : C'est une belle petite claque que je me suis prise avec cette histoire. 
Je l'avoue, j'ai eu un tout petit peu de mal au début à cause du code graphique des personnages, mais franchement pas plus d'une demi-douzaine de page, tellement on entre facilement dans cette histoire. 

L'auteur nous plonge dans une dystopie glauque et étouffante, tordant les vices de notre société pour les pousser à l'extrême. Tout y est : la manipulation de masse par l’hyper-consommation, l'addiction aux technologies et aux objets, la violence envers les minorité ( ici représentées par des animaux humanoïdes ), le refus de voir les conséquentes de nos actes et le culte du secret au nom du bonheur de tous. 
Travailler - Utiliser - Acheter encore
Travailler - Dormir - Travailler encore
Faire un crédit -Acheter - Rembourser - Faire un crédit
Cette critique de notre société est très bien amenée, je trouve, et l'univers en huis clos sert parfaitement le propos de l'auteur.

Mais à côté de ça, il réussit également à nous proposer une aventure, avec ses secrets, ses indices et ses rebondissements. Qui sont les "gentils", qui sont les "méchants" ? Rien n'est simple, à l'image de la nature humaine.
J'ai échafaudé plusieurs théories au cours de ma lecture, et même si je me suis parfois un peu rapproché de la vérité, l'auteur a dépassé toutes mes attentes et a su me surprendre. 
Vraiment, un régal. 

Attention cependant, certaines scènes sont très dures, je ne conseille pas cette BD aux mineurs. 

Et pour finir un petit mot sur le magnifique travaille de dessin. J'ai eu la chance de me faire offrir la version intégrale pourvue d'un papier mat, qui est un vrai plus pour les graphismes de l'auteur. Certaines pages sont entières, et ça donne des images magnifiques, à couper le souffle. 

En un mot comme en cent : achetez !